La citrouille à graines nues


J’ai expérimenté la culture de citrouilles à graines nues au début des années 80, suite à la lecture d’un article passionnant publié par la défunte revue Harrowswith. J’ai alors découvert une cucurbitacée produisant des graines détenant le taux de protéine le plus élevé du règne végétal. Son pourcentage protéinique approche 40 % alors que le soya en compte 35 % et le bœuf 27 %.
Les graines de citrouille comptent également 45 % de gras non saturés ainsi qu’une teneur élevée en vitamine A, en phosphore, en fer et en zinc. C’est ce dernier élément minéral qui lui vaut des propriétés bénéfiques pour la prostate et le système reproducteur masculin.
Deux caractéristiques singulières la définissent:. une couleur verte et l’absence d’une enveloppe coriace qui enrobe normalement les graines de citrouilles et de courges. Cette catégorie de citrouille était cultivée à l’origine en Allemagne, en Autriche et dans les Balkans. Elle a fait son apparition en Amérique dans les années 70 et depuis, elle gagne sans cesse en popularité dans les jardins et à la table. Pour le jardinier, elle constitue la façon la plus productive d’obtenir des graines comestibles sans l’inconvénient du décorticage. Mais la surface nécessaire pour une production significative est importante. On estime que 100 m2 sont nécessaires pour récolter plus ou moins 50 kg de graines. Ce n’est donc pas un choix approprié pour une balconnière ou une petite parcelle de jardin communautaire.
Alors qu’autrefois on avait accès à des cultivars évocateurs nommés Lady Godiva ou Streaker, aujourd’hui les semenciers en proposent des plus performants dont la Styrian ou la Kakaï.


Un semis délicat

Comme la semence des citrouilles à graines nues n’est pas protégée par une enveloppe, son semis exige des conditions optimales, question de prévenir son pourrissement. Je suggère une prégermination des semences à la chaleur dans un tissu humide. Une température de 25 °C donne les meilleurs résultats. Dès que le germe apparaît, on peut semer en position au jardin dans un sol réchauffé, soit au début de juin en zone 4. Plus au nord, on devrait procéder par un semis intérieur en pots individuels de 8 cm, 4 semaines avant la date de transplantation. Lors de l’opération, il importe de garder la motte de terre entière afin d’éviter un dérangement racinaire qui nuirait à une reprise rapide des plants. Il s’agit de bien humecter le terreau, de compresser la motte à l’aide de ses doigts et de bien la soutenir au moment de la déposer dans la fosse de plantation.
Les citrouilles apprécient un sol léger, généreusement amendé en compost et bien exposé au soleil. L’emploi d’un agrotextile le premier mois de croissance protège les jeunes plants des températures nocturnes fraîches ainsi que de la chrysomèle rayée du concombre, le principal ravageur des cucurbitacées.

Récolte et usages

Pour récolter un maximum de graines bien mûres, on laissera les fruits sur le plant le plus tard possible. Si un gel hâtif est annoncé, on peut protéger les plants avec une bâche. Une fois les fruits bien colorés, on les récolte en taillant le pédoncule à 5 cm et on les laisse mûrir quelques semaines dans un endroit sec et bien ventilé, à l’abri du gel et des intempéries. Après cette période de maturation, on peut procéder à l’ouverture des fruits.
On ouvrira les fruits selon ses besoins, tout au long de l’hiver. Les courges et les citrouilles se conservent jusqu’à 6 mois dans un endroit frais de la maison. Bien que la chair des citrouilles à graines nues soit plus coriace que celle des citrouilles traditionnelles, elle est très savoureuse, une fois cuite. On peut en faire d’excellentes soupes, purées et tartes.
On libère les graines des filaments de chair qui les entourent, on les lave à l’eau, on les rince bien puis on les met à sécher sur une plaque dans un endroit chaud, sec et bien ventilé. On peut employer un séchoir à basse température, soit 40 °C. On peut aussi les griller au four avec un peu de sel ou de tamari. Le cas échéant, les graines ne seront plus crues et auront perdu leur vitalité. Par contre, leur valeur nutritive demeure intacte.

Semences de citrouille à graines nues

On peut savourer les graines entières, nature ou grillées, les intégrer à une recette de granola, les moudre et les consommer diluées dans un jus de fruit ou en faire un beurre à tartiner. On peut les intégrer dans une recette de terrine végétale en association avec des graines de tournesol et enfin les préparer en boulettes qu’on cuit dans une sauce tel qu’expliqué dans la prochaine recette.

Recette

Boulettes de graines de citrouille en sauce tomate (10 à 12 boulettes)
Végétaliennes et sans gluten

Ingrédients
250 ml (1 t) de graines de citrouille moulues
250 ml (1 t) de sarrasin blanc moulu
45 ml (3 c. à table) de graines de lin moulues
45 ml (3 c. à table) de graines de chia moulues
375 ml (1 1/2 t) d’eau
3 échalotes hachées finement
2 gousses d’ail hachées finement
5 ml (1 c. à thé) d’origan séché
30 ml (2 c. à table) d’huile d’olive pour griller les condiments
5 ml (1 c. à thé) de sel
poivre au goût
250 ml (1 t) de farine de sarrasin pour enfariner les boulettes
60 ml (1/4 t) d’huile d’olive pour la cuisson
1,5 l (6 t) de sauce tomate

Préparation

Moudre dans un premier temps les graines de lin et de chia qu’on mélange à 250 ml (1 t) d’eau.
Moudre les graines de citrouille et le sarrasin qu’on associe dans un bol.
Faire griller l’ail et les échalotes hachés dans 30 ml d’huile puis ajouter l’origan. Ajouter ces condiments grillés aux graines de citrouille et au sarrasin moulus et assaisonner. Ajouter les graines de lin et de chia avec leur eau de trempage ainsi que le 125 ml (1/2 t) d’eau restant et bien mélanger.
Façonner des boulettes de 5, 6 cm de diamètre qu’on roule dans la farine de sarrasin ou de riz. Faire revenir dans l’huile d’olive. Une fois les boulettes dorées, les disposer dans une assiette et réserver.
Trente minutes avant de servir, dans une grande poêle, porter la sauce tomate au frémissement. Ajouter alors les boulettes. Après 8 minutes de cuisson, les retourner et les laisser cuire un autre 8 minutes. Servir avec des pâtes.


Variantes

Pour ceux qui comme moi apprécient le gluten, on peut remplacer le mélange mucilagineux de graines de lin et de chia par deux œufs battus et la farine de sarrasin ou de riz par de la farine blanche tout usage. Aplaties et grillées dans une huile végétale, ces boulettes font de surprenantes boulettes à burger. Enfin, on peut cuire les boulettes dans une sauce brune au vin rouge et aux champignons à la bourguignonne.

Un gros merci à Annie Bazinet pour son aide dans la création de cette recette.

Texte et recette d’ Yves Gagnon

Auteur et semencier

Ce texte a initialement été publié sur covivia.com

Graines de citrouille Kakaï

Mettre un peu de bleu dans son mauve

Récolte de betteraves

Les racines ont mijoté à peine 20 minutes de sorte qu’elles soient tendres et fermes à la fois. Je les passe quelques instants sous l’eau froide afin de les peler en les frottant tendrement entre mes mains. Puis je taille les betteraves en cubes que j’envoie dans le bol rejoindre les dés de pomme qui macèrent dans une sauce onctueuse faite de mayonnaise diluée avec du jus de pomme et du vinaigre aromatisé à l’estragon. Je remue délicatement, dispose la salade sur un lit de coeur de laitue Boston ciselé, je coiffe d’éclats de bleu d’Élizabeth et recouvre le tout de noix grillées, encore tièdes puis, au final, je saupoudre d’une pluie de persil haché.

Après une brève contemplation de l’oeuvre, je déguste. Chaque bouchée confère une présence au temps et à l’espace aux atomes, cellules et molécules dont je suis constitué. Mes papilles qui exultent à chaque bouchée communiquent à mon être à la fois une légèreté céleste et un ancrage profond aux énergies telluriques, un karma mauve rehaussé de bleu, d’Élizabeth par surcroît, ô ma reine bien-aimée. Le bien-être est perçu ensuite par les organes digestifs qui apprécient les propriétés adoucissantes et alcalinisantes de la betterave.

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On trouve sur le marché des dizaines de cultivars de betteraves potagères aux formes et aux couleurs diverses. J’apprécie particulièrement la Golden à chair jaune, la Chioggia aux cercles pâles et foncés en alternance, la Détroit rouge foncée, la Lutz, une grosse betterave de conservation violacée, presque bleue. On sème toutes ces betteraves directement en pleine terre au printemps, en mai ou en juin. On peut consommer le feuillage lorsqu’il est jeune à la façon des épinards. Les racines se mangent tout au long de l’été. Rendues à maturité, elles se conservent de nombreux mois en chambre froide. Crue, elle offre le maximum de sa valeur nutritive. Mais c’est cuite et attendrie, pelée et servie en tranches encore chaudes avec une noisette de beurre, sel, poivre, qu’elle révèle pleinement sa nature lascive.
Je vous offre pour le temps des fêtes trois recettes où trône la betterave dont cette salade de betteraves, pommes, fromage bleu et noix qui fait bonne figure au sein du menu des Fêtes que je vous souhaite bleues et mauves, éthiques et rassérénantes.

Salade de betterave, pommes et noix au bleu d’Élizabeth (8 portions)

Ingrédients
8 betteraves moyennes cuites, pelées puis taillées en petits cubes
2 pommes taillées en cubessalade
60 ml de mayonnaise
30 ml de jus de pomme
15 ml d’un vinaigre aromatisé
un soupçon de romarin haché
60 ml de noix de Grenoble
60 à 120 ml de fromage bleu d’Élizabeth
poivre au goût
persil haché pour la décoration

Préparation
Préparer la sauce en mélangeant le jus de pomme, la mayonnaise, le vinaigre, le romarin finement haché et le poivre.
Ajouter les cubes de pomme et de betterave et laisser mariner quelques heures. Servir sur un lit de laitue Boston. On garnit avec des éclats de fromage bleu, des noix de Grenoble grillées encore tièdes et une brume de persil haché.

Variante
On peut remplacer le fromage bleu par du fromage de chèvre ou de brebis, les noix de Grenoble par des noix de pacane ou des noisettes, le romarin par du thym ou de la sarriette et le persil par du vert d’oignon émincé.

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Salade de betteraves jaunes à l’orange (8 portions)

Ingrédients
8 betteraves jaunes de taille moyenne, cuites, pelées puis taillées en tranches
240 ml de jus d’orange
60 ml de vinaigre aromatisé
30 ml de mayonnaise maison
5 ml de cari
5 ml de graines de cumin moulues
sel, poivre au goût
coriandre fraiche hachée pour la décoration

Préparation
Mélanger le jus d’orange, le vinaigre et les aromates et y faire macérer les tranches de betterave durant 12 heures. Servir sur un lit de verdure ou de carottes râpées. Lier le liquide résiduel avec de la mayonnaise-maison, puis nappé sur les betteraves. On garnit avec des tranches d’orange et de la coriandre hachée.

Terrine végétale à la betterave et au gingembre (12 à 16 portions)

On ne se lasse jamais en hiver d’un sandwich composé de pain complet, de terrine végétale, de mayonnaise-maison, d’une mince tranche d’oignon doux, de cornichons à l’aneth et de verdures.

Ingrédients
480 ml de graines de tournesol
1 gros oignonbetteravedetroit.jpg
1 pomme de terre
1 betterave
2 gousses d’ail
120 ml de farine de blé
120 ml d’huile végétale
180 ml d’eau
5 ml de thym
5 ml de garam masala
10 ml de gingembre râpé finement
5 ml de sel
Poivre au goût

Préparation
Moudre les graines de tournesol. Râper finement les légumes. Mélanger tous les ingrédients dans un bol puis verser dans un moule (21,5 x 11,5 x 7 cm) en pyrex beurré.
Cuire au four durant 45 minutes à 180°C.

Variantes
Remplacer le gingembre et le garam masala par de l’ail et du romarin.

Texte et recettes d’ Yves Gagnon

Auteur et semencier

À visiter cet été : Les Jardins du Grand-Portage jusqu’à la fête du travail!

jardin zen

L’art du semis direct

Au jardin, de nombreuses espèces sont multipliées par semis intérieur. C’est le cas des espèces tropicales qui, lorsque semées directement au jardin, ne disposent pas d’assez de temps pour mûrir leurs fruits et donner une récolte digne de ce nom; c’est le cas des tomates, des piments, des poivrons et des aubergines. Certaines espèces septentrionales, à cause de leur long temps de croissance, commandent également le semis intérieur. À témoin, le céleri-rave, l’artichaut, le persil, le romarin, la sauge et le thym.
D’autres plantes peuvent être multipliées à la fois par semis intérieur ou par semis direct. Le semis intérieur hâtera la récolte, mais le semis direct permettra tout de même une récolte abondante. Citons les choux pommés, le brocoli, le chou-fleur, la laitue et la chicorée.
Enfin, un bon nombre d’espèces se propagent exclusivement par semis direct, soit parce qu’elles ne tolèrent pas la transplantation ou encore parce qu’un semis en caissettes s’avérerait fastidieux. C’est le cas des cucurbitacées, du maïs, des pois, des haricots, des carottes, des panais et des betteraves.
Parmi les espèces qu’on multiplie par semis direct, certaines sont rustiques, donc résistantes au gel. On peut donc les semer dès que la terre se travaille, soit à partir du début de mai pour la plupart. C’est le cas de quelques verdures dont la roquette, la moutarde, la mâche, la bette à carde, les chicorées, les épinards et les laitues ainsi qu’un éventail de racines dont le navet, le rutabaga, le radis, la betterave, la carotte, le panais et le salsifis. On sème aussi les pois au même moment.
Enfin, parmi les espèces qu’on multiplie par semis direct, restent celles qu’on ne doit établir qu’une fois les risques de gel passés. C’est le cas des cucurbitacées ainsi que des haricots qui ont besoin de chaleur pour germer et qui succomberaient à une exposition au gel.

préparationsol
Pour réussir le semis direct, on doit tout d’abord bien préparer le lit de semences. J’aime semer sur des buttes de 75 à 90 cm de largeur, séparées les unes des autres par des sentiers, ce qui permet de maintenir la structure du sol durant l’ensemble de la saison. Puis à l’aide d’une griffe, je creuse le sillon destiné à recevoir les semences. Comme on doit recouvrir les semences de trois fois leur épaisseur de terre, la profondeur du sillon varie selon le diamètre de la semence.

creuser sillon
Une fois le sillon creusé, j’y dépose les semences selon la densité recommandée.

semis
Puis je recouvre la semence de terre en me servant de la griffe.

recouvrirsemences
Je termine l’opération par un léger plombage que j’effectue à l’aide d’une bêche à renchausser ce qui rétablit la capillarité du sol et favorise une germination optimale, même en conditions sèches.

plombage

Voilà. Le semis direct n’étant plus un secret pour vous, vous pouvez dès maintenant, vous consacrer jardinier. C’est là un merveilleux moyen de réduire son stress, de chasser la morosité et de savourer des fragments de bonheur

Par Yves Gagnon, producteur de semences et propriétaire des Jardins du Grand-Portage

La quête de la tomate parfaite

Je jardine activement à Saint-Didace depuis plus de trente ans. En 1980, Diane et moi avons établi notre premier jardin dans lequel nous avons transplanté une dizaine de plants de tomate et n’avons jamais cessé de cultiver cette solanacée, la plus populaire des plantes potagères en Occident.

Diane1erjardin1980
Depuis, j’expérimente sans interruption la culture de la tomate et recherche les cultivars qui sont les mieux adaptés à la culture biologique que nous pratiquons: ceux qui résistent le mieux aux maladies, aux désordres physiologiques, ceux qui sont précoces, productifs et plus que tout, ceux qui donnent des fruits savoureux.
Dans ma quête de la tomate parfaite, j’ai rencontré en 1985 le frère Armand Savignac, un clerc Saint-Viateur résidant au Centre de réflexion chrétienne de Joliette. Condamné à l’âge de 42 ans par la médecine officielle à cause de problèmes de constipation chroniques, il a quitté l’enseignement pour se consacrer à temps plein au jardinage dans le but de nourrir sa communauté. Suite à des conseils reçus de naturopathes qu’il a consultés, il a adopté un régime principalement frugivore ce qui lui a permis de vivre jusqu’à l’âge de 95 ans. Alors qu’en 1948, il s’initie à la méthode de compostage Indore avec Alphonse Dufresne de Saint-Félix-de-Valois, il rencontre Raymond, le frère d’Alphonse, qui lui remet des semences d’une tomate rose que le frère Armand sèmera l’année suivante. Il est tellement impressionné par la vigueur des plants produits ainsi que par la succulence des fruits récoltés qu’il abandonne tous les cultivars qu’il avait expérimentés jusque-là pour se consacrer exclusivement à la culture de cette tomate qu’il baptisa la Dufresne en l’honneur de celui qui lui avait offert les semences.

FrereJASarvignac
Lorsque j’ai rencontré le frère Savignac dans son jardin en 1985 alors qu’il comptait presque 90 années, je fus sidéré par la qualité de ses 200 plants de tomates qui atteignaient 3 mètres de hauteur tout comme par celle des nombreux fruits qu’ils portaient. J’ai rapporté des semences chez moi et cultive cette tomate depuis ce temps. Je l’ai baptisée la Savignac en l’honneur du frère Armand qui l’a sauvée de l’extinction tout en l’améliorant par une sélection patiente et méticuleuse.
Par sélection, j’ai amélioré à mon tour ce cultivar afin de l’adapter à une région plus froide que la plaine de Joliette et de le rendre plus résistant aux maladies, entre autres l’alternariose, une maladie courante de l’espèce. Depuis plus de 25 ans, j’en produis la semence. Voilà pour notre tomate rose.
Par contre, ma quête pour une tomate rouge a duré plus de trente années. J’ai dû en expérimenter pas moins de 100 cultivars dont aucun ne m’a contenté véritablement. Si le goût me donnait pleine satisfaction, le fruit fendait ou était trop sensible à l’alternariose. Si le plant était vigoureux et productif, la saveur du fruit était terne. Ma quête s’est cependant terminée l’année dernière, alors que j’ai expérimenté la tomate Mother dont les semences me furent offertes par David Neufeld, un Ménonite manitobain que j’ai rencontré à Montréal alors qu’il était ici pour un colloque sur la sécurité alimentaire.

plant mother
Je l’ai expérimentée pour la première fois en 2011 et j’ai apprécié sa saveur, sa précocité et sa résistance aux maladies. J’ai conservé les semences des fruits produits et en ai cultivé 12 plants cette année pour produire des semences. Afin de connaître l’histoire de ce cultivar qui clôt d’une certaine façon ma quête pour une tomate rouge satisfaisante, j’ai écrit à David qui m’a résumé ce qu’il connait de ses origines.
Dans son village de Boissevain au Manitoba vivaient ensemble deux soeurs mennonites, Mary et Agnes Dyck. Les deux femmes qui travaillaient comme infirmières dans le petit hôpital du village cultivaient un immense jardin dans leur cour. Mary Dyck est décédée il y a quelques années et Agnes qui a maintenant atteint l’âge vénérable de 90 ans a dû quitter sa maison. Avant d’abandonner son jardin, elle a confié à David des semences de cette tomate afin qu’il puisse la multiplier et en offrir à quiconque aurait envie de la cultiver. Elle lui a alors raconté qu’elle avait reçu les semences de cette tomate de sa mère qui les avait obtenus, à son arrivée à Winnipeg, d’un émigrant ukrainien. Comme les semences venaient de sa mère, elle l’a toujours appelé Mother. L’histoire ne dit pas si l’ukrainien en question était mennonite, mais il est bon de rappeler que cette communauté a vécu en Ukraine pendant 150 ans avant d’être expulsée par Staline en 1920 ce qui explique leur forte présence dans l’Ouest canadien où un bon nombre a émigré.
Ainsi, cette capiteuse tomate rouge nommée Mother, originaire des Andes comme toutes les autres, a gagné l’Europe avec les Espagnols, a transité vers l’Ukraine d’où elle a migré au Manitoba autour de 1920 avant d’aboutir aux Jardins du Grand-Portage en 2011 où nous la cultivons depuis.

tomate mother

La tomate Savignac et la tomate Mother sont disponibles à : www.semencesduportage.com

Yves Gagnon
Auteur et semencier

étale tomate

La camomille allemande, une petite fleur aux mille vertus

La camomille allemande

Difficile de déterminer l’origine exacte de la camomille qu’on dit allemande — Matricaria recutita — puisque l’astéracée s’est naturalisée à peu près partout où elle est cultivée soit en Amérique du Nord, en Amérique du Sud, dans les zones tempérées d’Asie, en Europe et en Afrique du Nord. On sait qu’elle était déjà largement employée dans l’Antiquité. Les Égyptiens la vénéraient et la consacraient au Dieu Soleil. En Arabie, on en faisait une huile à massage. Le médecin pharmacologue et botaniste grec Dioscoride, auteur de De Materia medica, l’utilisait comme plante emménagogue.

Parfois appelée camomille sauvage, petite camomille ou matricaire camomille, c’est cependant la désignation camomille allemande qui est la plus employée en Amérique, sans doute parce que les Allemands en transportaient toujours lors de leur migration sur le continent, conscients qu’ils étaient de ses innombrables vertus.

De multiples propriétés

Les fleurs de camomille allemande bénéficient de propriétés antispasmodiques, anti-inflammatoires, antiseptiques, vulnéraires, carminatives, stomachiques, toniques, digestives, antibactériennes, antivirales, antiulcéreuses, diurétiques, antihistaminiques, antifongiques, analgésiques, diaphorétiques, fébrifuges, emménagogues, oestrogéniques, antioxydantes apaisantes et légèrement sédatives.

En infusion chaude, la camomille favorise le sommeil, calme la toux et soigne les grippes, les rhumes, les bronchites, l’asthme et les rhinites allergiques. Il suffit de mettre une dizaine de fleurs à infuser 10 minutes dans 2 tasses d’eau bouillante et surtout ne pas oublier de couvrir pour que ne s’échappent les huiles essentielles. En bain de vapeur, ces huiles sont bénéfiques pour les muqueuses du nez et des bronches. Pour les enfants, on donnera une infusion plus faible faite de 3 fleurs infusées 5 minutes dans une 1 tasse d’eau et ce 3 fois par jour. L’infusion est également bénéfique pour les coliques du nouveau-né : on lui fera prendre 5 ml (1 c. à thé) d’infusion toutes les 15 minutes alors que la maman pourra se rendre jusqu’à 4 tasses par jour. Antifongique, on peut aussi en badigeonner la langue des nourrissons atteinte de muguet sans oublier les seins de la mère. En jardinage, on traite d’ailleurs la fonte des semis avec une décoction de fleurs de camomille.

L’infusion de camomille apaise les gens stressés, anxieux, nerveux et ceux souffrent de troubles du sommeil. Pour les problèmes digestifs, on suggère de boire une infusion tiède plus concentrée (10 ml ou 2 c. à thé de fleurs par tasse) et plus longuement infusée, ce qui augmente l’amertume et l’effet anti-inflammatoire. La boisson agit alors sur les muqueuses du système digestif, mais également sur toutes les muqueuses de l’organisme. Elle restaure les sécrétions digestives, normalise les mouvements du système digestif et soigne les ulcères d’estomac. On la recommande aussi dans les cas d’irritation de l’intestin, de spasmes gastro-intestinaux, de colites ulcéreuses, de reflux gastriques, de diarrhée et du syndrome du côlon irritable. Très riche en calcium qu’elle aide à assimiler, la plante infusée prévient l’ostéoporose.

Consommée quotidiennement, à raison de 3 tasses par jour pendant plusieurs semaines, l’infusion de camomille soulagera les menstruations douloureuses, l’irritabilité qui y est associée tout comme les troubles digestifs liés au syndrome prémenstruel.

Appliquée en rince, l’infusion de camomille lustre et blondit les cheveux tout en améliorant la santé du cuir chevelu. Je l’emploie pour nettoyer et soigner les yeux enflammés et larmoyants de ma vieille chatte. En application locale, elle atténue l’inflammation des muqueuses. Dans le cas d’hémorroïdes, une infusion concentrée en cataplasme est tout indiquée tout comme des bains de siège ou des bains de vapeur. On complète le traitement en appliquant une crème aux herbes à base de consoude et de camomille.

Des fleurs fraîches de camomille macérées dans une huile douce durant 15 jours donnent une magnifique huile à massage qu’on applique pour la détente, pour atténuer les douleurs articulaires, rhumatismales et arthritiques ainsi que pour soigner les problèmes de peau. L’huile est aussi employée pour traiter les vaginites.

Une culture simple

La camomille se cultive en plein soleil dans un sol léger, sablonneux, pauvre en matières organiques et bien drainé. Appréciant les températures fraîches, on la sème tôt en automne ou tôt au printemps; on peut aussi la multiplier par semis intérieur en avril. Les semences sont minuscules, il faut à peine les enfouir. Elles germeront en une semaine. La camomille se ressème facilement. Une fois établie, elle revient chaque printemps. On transplante les jeunes plants à 25 cm de distance. Ils atteindront de 20 à 50 cm de hauteur.
La camomille est une plante herbacée, annuelle, à tige dressée. Ses délicates feuilles alternes sont divisées en segments linéaires. Membre de la famille des astéracées, elle présente de nombreuses fleurs jaunes tubuleuses au centre de chacun de ses capitules et en bordure, quelques fleurs gainées d’une ligule blanche qu’on nomme pétale.
récolte camomille

Photo: Danièle Laberge

 
On récolte les fleurs lorsqu’elles sont épanouies et que leurs ligules commencent à s’incliner vers le bas. Il importe de les cueillir après deux jours de beau temps, en après-midi. Pour les infusions hivernales, il faut très bien les sécher. Elles comptent 80 % d’eau ainsi que de nombreuses huiles essentielles volatiles. Mieux vaut utiliser un déshydrateur à 35 °C et s’assurer que les fleurs soient sèches jusqu’au centre de l’inflorescence. On peut aussi les sécher sur des clayettes à l’air libre à l’abri de la lumière et de courants d’air. Les conditions ambiantes doivent toutefois être favorables. On reconnait des fleurs de qualité lorsqu’elles dégagent une odeur de miel.
Anny Schneider propose dans son livre Je me soigne avec les plantes sauvages une recette pour préparer une huile ensoleillée à partir de fleurs de camomille séchées.

Huile ensoleillée

 

une fleur de camomille T

250 ml (1 tasse) Huile d’olive vierge biologique
30 g (1 oz) Fleurs de camomille séchées
30 gouttes Huile essentielle de lavande

Placer les fleurs et l’huile dans un bocal hermétique.

Laisser macérer pendant un mois tout en agitant régulièrement.

Filtrer soigneusement, ajouter la lavande.

Cette huile calmante se garde 6 mois.

À utiliser en cas d’irritations mineures de la peau, de douleurs névralgiques et musculaires, de peau sèche et même pour atténuer les rides.

 

Mille mercis à Danièle Laberge pour ses magnifiques photos.

Schneider, Anny. Je me soigne avec les plantes sauvages, Éditions de l’homme, 2011
Bernard, Diane. La santé au rythme des saisons. Biovi, 2005.
Gagnon, Caroline, Lanctôt-Bédard Valérie. Materia medica pour sorcières et sorciers avertis… 2002-2003
Provost, Marie, Jutras, Marie. Compendium. Clef des Champs.
O’Reilly, Moïra. Interaction, contre-indications et complémentarités, plantes-médicaments. L’Herbothèque, 2004.

Par Diane Mackay,
Biologiste, jardinière et herboriste Les Jardins du Grand-Portage

Calendrier des semis

Le calendrier des semis

Il importe de semer au bon moment. De jeunes plants qui stagnent en caissettes perdent une grande partie de leur vigueur et de leur précocité. En respectant la date du semis proposée dans ce calendrier, les plants seront prêts à être transplantés au bon moment sans qu’ils ne subissent d’interruption de croissance.

 

Profondeur

Semer à une profondeur correspondant à trois fois le diamètre de la semence.
De 5 mm pour les petites semences à 3 cm pour les plus grosses.
Un tableau des densités au jardin est aussi disponible! Bon jardinage !

semencesduportage.com/blogue

 

Un tableau des densités au jardin est aussi disponible sur notre Blogue !

Bon jardinage !

Du melon de Montréal au melon Oka

Une aventure patrimoiniale

Voilà maintenant 25 ans que je me suis fait semencier et que je constate un intérêt intarissable pour le melon de Montréal, une culture fruitière d’importance au début du siècle dernier sur le flanc sud du Mont-Royal, aujourd’hui l’arrondissement Côte-des-Neiges — Notre-Dame-de-Grâce. Le protubérant melon brodé à chair verte et musquée se vendait alors en tranches jusqu’à 1,50 pièce dans les villes de New York et de Boston.
On sait que déjà, à Québec en 1684, les Jésuites produisaient un gros melon au goût de muscade, sans doute l’ancêtre du melon de Montréal. La littérature nous informe aussi que dans les années 1800, les familles Décarie et Groman cultivaient cette souche qu’ils sélectionnaient et amélioraient sur leurs fermes montréalaises. Sa production nécessitait des techniques de forçage reposant sur des couches chaudes à châssis doubles.
Vers 1905, on rapporte que la famille Décarie produisait des fruits pouvant atteindre 12 kg et qui se détaillaient jusqu’à 15 $ la douzaine sur le marché américain, une fortune pour l’époque. À partir de 1920, avec l’étalement urbain, les fermes qui le produisaient furent vendues à des promoteurs immobiliers et petit à petit, la culture du melon mythique fut réduite puis complètement abandonnée.
Heureusement, en 1996, le journaliste de la Gazette Mark Abley, curieux de patrimoine, en retrouva des graines dans une banque de semences du Département de l’agriculture américain en Iowa. C’est Ken Taylor, propriétaire d’une ferme sur L’Île-Perrot qui reçut le mandat de les semer. Une seule graine sur les 200 récupérées a germé, mais le plant qui en fut issu permit de sauver le melon de Montréal de l’extinction. On en trouve certaines années des semences chez des semenciers artisanaux.
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Création du melon Oka

Comme le melon de Montréal était imposant, qu’il résistait mal au transport, que sa culture était complexe, qu’il était friand de chaleur et de temps, on pouvait difficilement le réussir ailleurs que sur l’île de Montréal. C’est un peu pour cette raison que le père Athanase, moine cistercien et directeur de l’Institut agricole d’Oka, le croisa vers 1910 avec le melon américain Banana. Il en résulta un melon brodé à chair orange très parfumée, bien en chair, mais moins corpulent que le melon de Montréal et surtout, moins dépendant des degrés jours pour mûrir ses fruits.
Par une sélection laborieuse des descendants de cet hybride, on réussit à en stabiliser la génétique et en faire un cultivar à pollinisation libre qui pouvait transmettre ses caractères à ses descendants. C’est ainsi que le melon Oka est né. Toutefois, à la fermeture de l’Institut en 1962, le cultivar fut presque perdu. Heureusement, on en retrouva des semences chez un jardinier de L’Île-Bizard ce qui permit de le sauver in extremis. Il fut depuis ce temps établi avec succès dans plusieurs régions du Québec. Je le cultive depuis 25 ans à Saint-Didace en zone 4 b et réussis à en produire des semences.

Techniques de culture

Je sème au début de mai 2 graines par pot de plastique de 8 cm de diamètre dans un terreau constitué de 4 parties de compost mûr pour 6 parties de perlite ou de vermiculite. Lorsque les deux semences germent, au stade des 3 feuilles, je taille au ciseau le moins beau des deux plants. Après un mois de soins attentionnés, je transplante les plants au début de juin aux 1,5 m dans un sol léger, généreusement amendé en compost et bien exposé au soleil.
Le secret consiste à ne pas déranger les racines au moment de la transplantation. Il faut conserver la motte intacte lors de l’opération. Il s’agit de bien humecter le terreau, de compresser la motte à l’aide de ses doigts et de bien la soutenir au moment de la déposer dans la fosse de plantation. Il importe aussi de choisir un emplacement orienté vers le sud et abrité du vent. L’emploi d’un agrotextile le premier mois de croissance protège les jeunes plants des températures nocturnes fraîches ainsi que de la chrysomèle rayée du concombre, le principal ravageur des cucurbitacées. Bien que de nombreux jardiniers pratiquent une taille des plants durant l’été, pour ma part je ne fais que tailler l’extrémité des tiges en août de façon à éliminer les fruits inaptes à mûrir.
Règle générale, on récolte de 4 à 6 fruits de 2 à 3 kg par plant au mois d’août. Sa chair désaltère, ravit et embaume. Parfumée et sucrée, elle se congèle très bien ce qui permet de préparer en hiver d’onctueux sorbets et de séduisants granités.
yves melon oka-1

Semences de melon Oka produit par Yves Gagnon à Saint-Didace
www.semencesduportage.com

Les semis intérieurs

Pour maximiser la qualité, la résistance et le rendement des cultures, on doit les établir à partir de plants biologiques.

Pour réussir ses cultures, un choix judicieux des semences s’impose

Pour réussir ses cultures, le sol et la régie revêtent une grande importance, mais il ne faut pas sous-estimer le facteur génétique. Malgré sa petite taille, la semence contient toutes les informations qui définiront la forme de la future plante, sa vigueur, sa sensibilité au parasitisme, sa teneur minérale et sa vitalité.

Il faut donc prêter une attention particulière au choix des cultivars ainsi qu’à la qualité des semences. Mais, dans un premier, le jardinier doit déterminer les espèces qui prendront racine dans le jardin. Lire la suite

Jardins du Grand-Portage

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Catherine Gagnon-Mackay

Je m’appelle Catherine Gagnon-Mackay et je suis fière de vous annoncer que je prends la relève de la mise en marché des semences de l’entreprise familiale Les Jardins du Grand-Portage, créée en 1980 par Yves Gagnon et Diane Mackay !

C’est dorénavant sur mes jeunes épaules que reposent la mise en ligne d’un site internet interactif ainsi que l’ensachage et l’expédition des semences.

Mon équipe, composée de quatre producteurs locaux et moi-même, vous souhaite de fécondes cultures ainsi que d’abondantes récoltes en culture nature.

Prenez plaisir à découvrir notre site et surtout, n’hésitez pas à communiquer avec moi pour toute question !