Une alimentation biologique - Assise de la santé humaine

Une alimentation biologique - Assise de la santé humaine

Il y a déjà plus de 40 années que je m'intéresse à l'alimentation, plus particulièrement aux  problèmes sanitaires engendrés par l'alimentation industrielle. Je fais malheureusement le triste constat que, malgré la somme d'information qui circule sur le sujet, c'est une nourriture malsaine et trafiquée qui demeure la base de l'alimentation d'une très grande majorité d'Occidentaux. À preuve, le nombre sidérant de restaurants de cuisine rapide qu'on retrouve dans toutes les municipalités de plus de 10 000 âmes. Bien qu'on soit porté à penser que c'est la précarité économique qui incite à la malbouffe, mais rien n'est plus faux. C'est plutôt la facilité ainsi que l'omniprésente publicité qui encourage l'adhésion à la restauration rapide dès le plus jeune âge, initiant chez les jeunes des problèmes d'obésité, de diabète, d'hypoglycémie, déficiences généralisées et de contaminations multiples.

On apprenait tout récemment dans Le petit journal.com que « le Royaume-Uni détient le record du taux d’obésité le plus élevé d’Europe occidentale. En quarante ans, la proportion d’adultes obèses a triplé, touchant désormais un Britannique sur trois. Ce fléau, qui frappe particulièrement les classes populaires et les jeunes générations, est devenu un enjeu de santé publique majeur. Les chiffres publiés dans le rapport Health Survey for England sont sidérants. En 2022, l’obésité était responsable de 3 000 hospitalisations par jour, soit deux fois plus qu’en 2017. 

La qualité de l'alimentation d'industrielle n'a cessé de se détériorer depuis la deuxième Grande Guerre, d'une part à cause des techniques employées pour la préparation et la transformation des aliments, des additifs alimentaires qu'on utilise pour les rendre plus attrayants et aptes à de longues conservations, mais aussi à cause des techniques de production en champs qui reposent de plus en plus sur des engrais de synthèse, des pesticides et le génie génétique sans compter les techniques d'élevage industriel.

Déjà dans mon premier livre, Introduction au jardinage écologique, publié en 1984, je dénonçais le laxisme gouvernemental dans la surveillance de la présence de résidus de pesticides dans les aliments ainsi que le copinage entre les sociétés agrochimiques et les institutions publiques censées protéger les citoyens. Rappelons le scandale de la Industrial Biotest (IBT), une société responsable d'étudier les effets des substances chimiques vaporisées sur les végétaux en culture. Durant trois années, on analysa soigneusement les travaux de ce laboratoire et il apparut en 1980 que les deux tiers des 405 études effectuées n'étaient pas valables.

J'ai malheureusement constaté au fil des années que Santé Canada par son Agence de réglementation de la lutte antiparasitaire (ARLA) ainsi que son Agence canadienne d'inspection des aliments (ACIA) ne remplit pas son mandat pas plus que le Plan de surveillance des contaminants chimiques du Ministère de l'Alimentation, des Pêcheries et de l'Alimentation du Québec (MAPAQ) ne le fait. Dans son excellent livre Pour le bien de la terre, Louis Robert explique que « la procédure par laquelle l'intérêt public se voit subordonné aux intérêts privés s'est incrustée tel un virus dans un organisme tentaculaire et a fini par infecter tous les niveaux hiérarchiques. » Il décrit ici l'écosystème du MAPAQ. 

Au Québec, nous en sommes rendus à l'application de plus de 5 millions d'ingrédients actifs de pesticides en agriculture par année. Il n’est pas surprenant que nos sociétés soient aux prises avec des coûts de santé galopants. Au Québec, la santé publique accapare près de 50 % du budget. Malgré une espérance de vie croissante, jamais les maladies de dégénérescence n’auront été aussi répandues. Première cause de mortalité au Canada, le cancer est responsable de 30 % des décès au Québec. Selon la Société canadienne du cancer, un Canadien sur deux sera atteint du cancer au cours de sa vie et un sur quatre en mourra.

Pauline Gravel dans le journal Le devoir du 3 février 2026 relatait que d'après une grande analyse publiée dans Nature Medicine, près de 40 % des cas de cancers à travers le monde pourraient être évités, car ils sont causés par des facteurs modifiables dont le tabagisme, la consommation d’alcool et l'inactivité physique. Cette étude démontre ainsi l’immense potentiel de la prévention. Sans l’adoption de stratégies de prévention efficaces, on pourrait assister à une augmentation de 50 % des nouveaux cas de cancer d’ici 2040, préviennent les chercheurs. Car, malgré des années d’avancées en thérapies anticancéreuses, la réduction de la mortalité par cancer continue de résulter principalement de la prévention et du dépistage, d’où l’importance d’identifier les facteurs modifiables dans les différentes populations du monde. J'ai la ferme conviction que la prévention du cancer et d'une foule d'autres maladies dégénératives repose sur une alimentation de qualité. Dans cet article, je me limiterai à traiter principalement des problèmes sanitaires reliés à l'agriculture industrielle. Dans mon livre Le festin quotidien, je traite de plusieurs autres aspects touchant à l'alimentation humaine.

Végétaux dénaturés par les engrais de synthèse

Lorsqu’une plante se développe dans un milieu naturel, ce sont les micro-organismes du sol, principalement les bactéries, qui sont responsables de l’absorption des éléments nutritifs par la plante. Les bactéries solubilisent l’azote, le phosphore, le potassium, le calcium et les autres éléments dont la plante a besoin pour son développement. Par une action principalement enzymatiquelles, elles puisent ces éléments dans la matière organique, dans la roche-mère ou dans l’air puis les rendent disponibles aux radicelles des plantes conformément à leurs besoins. Il est rare, dans un contexte naturel, que la plante soit carencée en certains éléments et que d’autres se retrouvent en excès. 

Lorsque les plantes sont nourries avec des engrais de synthèse solubles, donc directement assimilables, le processus est entièrement différent. Ce ne sont plus les micro-organismes du sol qui contrôlent le dosage des éléments nutritifs absorbés par les plantes, mais bien le producteur avec ses formules d’engrais solubles. Ainsi, les micro-organismes sont court-circuités dans leur travail et les plantes se voient contraintes d’absorber de fortes quantités de certains éléments, alors qu’elles ne trouvent pas dans le sol les autres éléments non présents dans les engrais utilisés. De cette manière, la fertilisation chimique produit des végétaux déséquilibrés chimiquement qui deviennent plus sensibles au parasitisme et  dépendants des pesticides. 

L’azote, le phosphore et le potassium sont classés comme les éléments primaires, car ce sont ceux dont les plantes ont besoin en plus grande quantité. On les privilégie donc dans les mélanges de fertilisants. C’est leur ratio N-P-K qui est indiqué sur les sacs d’engrais. Ce sont ces éléments qu’on trouve en excès dans les sols et dans les végétaux. Très souvent les éléments dits secondaires ainsi que les microéléments sont déficients dans les sols et les végétaux conventionnels. On observe notamment des carences importantes en magnésium et en oligo-éléments.

L'agronome français Claude Aubert relatait déjà en 1980 que des épinards fertilisés avec 160 kg d’azote à l’hectare — dose courante en agriculture industrielle — recelaient, quatre jours après la récolte, des taux jusqu’à huit fois plus élevés de nitrates que ceux observés dans des épinards cultivés naturellement. Or les nitrates se transforment après la récolte en nitrites potentiellement cancérogènes. Il en va souvent de même pour de nombreux légumes feuilles qui reçoivent souvent ce type de traitement. Les excès de nitrates et de nitrites se révèlent au goût par une amertume prononcée.

La revue Coup de pouce de septembre 2009 faisait état d’une revue de 41 études qui concluaient à une meilleure teneur pour les aliments bios en vitamine C, en magnésium, en calcium et en antioxydants et une plus faible teneur en eau, donc davantage de matière sèche. L’émission Enquête présentait le 23 janvier 2020 un reportage intitulé Semences programmées qui corroborait la diminution du goût et de la valeur nutritive des fruits et légumes contemporains. L’équipe française qui a produit ce reportage a d’abord comparé la valeur nutritive de 70 fruits et légumes d’aujourd’hui avec celle répertoriée dans un livret datant de 1960 intitulé Table de compositions des aliments. Les conclusions sont sidérantes. L’analyse conclut à une chute libre depuis 60 ans des éléments nutritifs. Je pourrais ici vous citer de multiples résultats d'études allant dans le même sens. Vous trouverez ces informations dans mon livre Le jardin écologique.

Toujours plus de pesticides dans nos aliments

Il faut tout d'abord être conscients que les pesticides — fongicides, herbicides, insecticides — sont des poisons conçus pour tuer certains organismes vivants tels des champignons, des végétaux et des insectes qui interfèrent avec les cultures. À priori, il est naturel de croire que des substances qui ont comme fonction première de tuer peuvent être potentiellement dangereuses pour la santé des humains qui en consomment, même à des doses infimes.

Au Canada (tout comme aux Etats-Unis), ce sont les compagnies qui produisent et fournissent au gouvernement les données nécessaires en vue de l'homologation d'un pesticide. Or, Santé Canada n’exige aucune contrevérification indépendante des études conduites par les sociétés agrochimiques pour faire approuver les pesticides. Dans La Presse du 20 décembre 2016, Louise Hénault-Éthier relatait que la commissaire à l’environnement du Canada a porté des blâmes sévères à l’endroit de l'Agence de réglementation de la lutte antiparasitaire (l'ARLA), un organisme de Santé Canada, pour l’homologation conditionnelle de 80 produits qui n’avaient pas fait l’objet d’une évaluation rigoureuse. 

C'est l'ARLA qui détermine les limites maximales de résidus de pesticides dans les aliments (LMR). De nombreux spécialistes s’entendent pour dire qu’il est extrêmement difficile d’établir des seuils sécuritaires pour les résidus de pesticides. Onil Samuel, toxicologue à l’Institut national de santé publique du Québec, affirme que « ce n’est pas parce qu’un gouvernement a légiféré sur un seuil acceptable pour un pesticide qu’il fait consensus dans la communauté scientifique et qu’il prévient toute forme de risque.» 

Les seuils de tolérance sont établis en fonction d’un individu de poids moyen ayant adopté un régime standard. Ils sont établis pour la consommation d’un fruit, mais qu’en est-il pour la consommation de plusieurs fruits ou encore de jus de fruits ? Qu’en est-il des enfants et des végétariens? Selon le Center for Ecogenetics and Environmental Health de l’Université de Washington, les fœtus, les bébés, les jeunes enfants, les femmes enceintes ou allaitantes sont plus à risque de connaître des problèmes de santé à la suite de l’exposition aux pesticides. Dans son livre Pesticides, le piège se referme, François Veillerette affirme que «Les enfants sont particulièrement vulnérables face aux menaces cancérogènes potentielles de certains pesticides». 

Qu’en est-il des effets à long terme pour lesquels aucune étude n’est réalisée ?

Qu’en est-il de l’effet de synergie de plusieurs pesticides puisque sur un même fruit, on peut déceler des résidus de plusieurs pesticides?

Sébastien Sauvé, professeur au département de chimie de l’Université de Montréal, déplore que les effets cumulatifs des pesticides ne soient pas considérés dans les normes. «La science ne peut pas départager ça en ce moment. Il y a des cas où deux pesticides sous les normes sont en synergie et l’impact est plus grand. Je dis toujours à mes étudiants qu’en termes de toxicité, 1 + 1 = 4. » Onil Samuel, toxicologue à l’Institut national de santé public du Québec, précise que «la toxicologie moderne n’est pas équipée pour calculer les risques des interactions entre les pesticides. » 

Donc, on comprend que les LMR sont établies sans que des études scientifiques indépendantes ne soient conduites. Par surcroît, lorsqu'un pesticide n'arrive plus à contrôler l'organisme indésirable pour lequel il est conçu, les sociétés agrochimiques demandent une hausse de LMR de façon à permettre une plus forte concentration du produit ou une plus grande fréquence de vaporisation ce qui inévitablement entraîne à une hausse de résidus dans les aliments.

À titre d'exemple, afin de permettre l'importation et la vente de racines de betteraves à sucre américaines, Syngenta a récemment demandé une augmentation de seuils de tolérance pour deux fongicides, le Fludioxonil potentiellement perturbateur endocrinien et le Azoxystrobine, de 200 fois pour le premier soit de 0,02 à 4 ppm et de 10 fois plus pour le second soit de 0,5 à 5 ppm. Cette demande qui a suscité une vive opposition est toujours en attente d'approbation.

On se rappellera le scandale créé par la demande de Bayer en 2021 pour hausser les limites maximales de résidus pour son herbicide vedette, le glyphosate. Celles-ci permettraient jusqu'à 3 fois plus de résidus sur les pois chiches, 2,5 fois de plus sur les lentilles, 2 fois sur les pois et près de 4 fois sur les haricots. Santé Canada ne pratiquant pas d'analyse indépendante, le ministère reposait sa décision sur les études fournies par le fabricant. Cette demande est également en attente d'approbation.

Malgré que cette hausse de LMR n'ait toujours pas été approuvée par Santé Canada, on apprenait dans un article publié par La semaine verte le 25 novembre 2025 que la concentration moyenne de résidus d'herbicides décelés dans les lentilles canadiennes avait augmenté de près de 40 % entre 2015 et 2020. En 2020, 14 échantillons en contenaient des quantités qui représentaient jusqu'à trois fois la limite permise, ce qui n'a pas déclenché de rappel. Donc on n'augmente pas les LMR, mais l’Agence canadienne d'Inspection des aliments (ACIA) s'abstient de sévir. « Les aliments contenant des concentrations de résidus supérieures à la limite maximale peuvent fort probablement être consommés sans danger » affirme une représentante de l'Agence de Santé Canada.

Il importe de rappeler qu'en 2025, plusieurs marques de lentilles vendues en France ont fait l’objet de rappels officiels pour cause de dépassement des limites maximales permises en France.

En 2012, la firme Monsanto (rachetée depuis par Bayer) avait fait pression dans le cadre des négociations du traité de libre-échange pour faire relever par dix les limites maximales de résidus de glyphosate autorisées sur les lentilles ce qui leur avait été accordé. 

Voici deux extraits des communications de Santé Canada en lien avec l'augmentation des LMR : 

« L'augmentation de ces seuils de tolérance est nécessaire pour garantir aux consommateurs l'accès à une grande variété de produits nutritifs et sécuritaires et pour fournir aux producteurs les outils nécessaires dans la lutte contre les nouveaux organismes nuisibles. » 

« Aux limites maximales de résidus proposés, ces résidus ne poseront pas de risques inacceptables pour aucune sous-population, y compris les nourrissons, les enfants, les adultes et les ainés. »

Le 27 juin 2023, Bruce Lanphear, un scientifique nommé l'année précédente pour conseiller Santé Canada dans ses décisions relatives aux pesticides a claqué la porte. Dans sa lettre de démission, le chercheur en santé environnementale des enfants dénonçait le manque de transparence du gouvernement fédéral, l'influence de l'industrie agrochimique ainsi que les failles du système d'autorisation des pesticides au Canada. On pouvait y lire : « Je crains que le Comité consultatif scientifique (et mon rôle de coprésident) ne donne un faux sentiment de sécurité en donnant l'impression que l'ARLA protège les Canadiens contre les pesticides toxiques. Sur la base de mon expérience au cours de l'année écoulée, je ne peux pas donner cette assurance. »

Selon le Français François Veillerette, auteur du livre Pesticides, Le piège se referme, les pesticides seraient responsables de différentes formes de cancer dont celui de l’estomac, du cerveau, de la prostate, de la vessie ainsi que du lymphome non hodgkinien, de la maladie de Parkinson, de la perturbation du système endocrinien, de la baisse de fertilité masculine et du dysfonctionnement du système immunitaire caractérisé par une hausse alarmante des cas d’allergie et d’asthme chez les enfants. Il n’est pas surprenant que nos sociétés soient aux prises avec des coûts de santé galopants. 

Ce que nous apprend l'organisme américain Environmental Working Group (EWG), en date de mars 2024, les fruits et légumes les plus contaminés par des résidus de pesticides étaient dans l'ordre les fraises, les épinards, le kale et le collard, les raisins, les pêches, les poires, les nectarines, les pommes, les piments et les poivrons, les cerises, les bleuets et les haricots verts. Sur leur site, on apprend qu'un total de 209 pesticides différents a été repéré dans les fruits et légumes conventionnels vendus aux États-Unis. Méchant cocktail!

Le scandale du glyphosate

Le glyphosate, l'ingrédient actif du Roundup, compte pour 53 % des pesticides utilisés au Québec. Une grande majorité des plantes modifiées génétiquement (PGM) ont reçu par greffage le gène de tolérance au glyphosate. Mais comme les plantes qu'on dit mauvaises ont su au fil du temps développer une résistance au glyphosate, on a dû augmenter la concentration du produit dans les vaporisations effectuées afin de maintenir dans les champs un contrôle sur les plantes adventices, ce qui a accru les résidus de cette substance dans nos sols et dans les aliments qui y croissent. En 2019, il s'est vendu au Québec 1 878 525 kg de glyphosate, soit deux fois plus qu'au début des années 2000 et quatre fois plus que dans les années 1990.

Depuis quelques années, une pratique controversée prend de l'expansion : la pulvérisation avec du glyphosate des céréales et des légumineuses juste avant la récolte pour sécher les plants et accélérer les récoltes. Cette pratique a grandement contribué à la hausse des résidus de glyphosate et du besoin de relever les LMR.

Or les études publiées en l'an 2000 sur lesquelles ont reposées en 2017 le renouvellement par Santé Canada de l’autorisation du glyphosate pour une période de 15 ans viennent d'être récusées. L'article intitulé « Évaluation de l’innocuité et analyse des risques liés à l’herbicide Roundup et à son ingrédient actif, le glyphosate, pour l’homme » affirmait que le glyphosate ne posait aucun risque pour la santé humaine. Le retrait de l'article repose sur la découverte de conflits d’intérêts entre ses trois auteurs et la firme Monsanto qui portent atteinte à l’intégrité scientifique de cet article, a affirmé Martin Van der Berg, rédacteur en chef adjoint de la revue scientifique Regulatory Toxicology and Pharmacology, dans la notice de rétractation. Les auteurs auraient touché une compensation financière de Monsanto pour leur travail. Il a été démontré que la firme Monsanto a elle-même rédigé des pseudo-études, puis utilisé des scientifiques rémunérés comme prête-plume. 

Ainsi, il est maintenant acquis que le glyphosate est cancérogène. De plus, on le soupçonne fortement d'être un perturbateur endocrinien, c'est-à-dire que la substance affecterait nos hormones et ce à très faibles taux. Citons les résultats d’une étude menée en 2019 par l’Institut Ramazzini d'Italie dont l'objectif était d'évaluer les effets du célèbre herbicide sur le rat. Les chercheurs y mettent en évidence des perturbations du développement et de l’équilibre hormonal des rongeurs exposés, depuis le stade fœtal jusqu’à l’âge adulte à une faible dose de la substance. L’exposition au glyphosate fut également associée à une augmentation de la distance anogénitale [un marqueur de masculinisation] chez les mâles et les femelles ainsi qu’à une apparition retardée des premières chaleurs et une augmentation de la testostérone chez les femelles. 

Il faut bien comprendre que le glyphosate programme la mort cellulaire en quelques heures par les dommages qu'il cause aux membranes et à l'ADN et parce qu'il entrave la respiration cellulaire.  Il a aussi été démontré qu'il perturbe la division cellulaire ce qui a toujours fait dire au Centre de recherche international sur le cancer (CIRC) que le glyphosate était probablement cancérogène. 

Par surcroît, Monsanto a toujours affirmé que le glyphosate n'était pas rémanent. Or des études américaines ont démontré que des carottes, des laitues et de l'orge recelaient des résidus de glyphosate, lorsque cultivées 1 an après l'application de l'herbicide, ce qui confirme la rémanence de l'herbicide sur les aliments et dans l'environnement.

Laxisme à Santé Canada en ce qui concerne les OGM

Le groupe de lobbyistes payé par Bayer-Monsanto, Corteva (fusion de Dow Chemicals et de Dupont de Nemours) et ChemChina qui soutient et défend par un lobbyisme agressif l'emploi des OGM se nomme Croplife Canada. Ils ont milité pour faire annuler toute forme de réglementation concernant les OGM et ils ont eu gain de cause sur toute la ligne ici comme aux États-Unis. Avec des fonctionnaires d'Agriculture et Agroalimentaire Canada, de Santé Canada, des membres du Conseil des grains du Canada et de Semences Canada, ils ont formé ce qu'ils ont baptisé le Tiger Team. C'est ce groupe qui a rédigé la mise à jour réglementaire qui a mis fin pour l'industrie à la déclaration obligatoire des nouveaux OGM. Ainsi au Canada depuis 2024, la divulgation des nouveaux OGM se fait dorénavant sur une base volontaire.

Lorsque les intérêts privés passent avant l’intérêt général, c’est-à-dire la protection de la santé des citoyens et celle de l’environnement, c’est la mission première de nos institutions qui est détournée. Ce phénomène porte un nom bien précis : la capture réglementaire. 

Il importe de rappeler que le président de Croplife Canada est Pierre Petelle qui fut fonctionnaire senior à L'ARLA pendant 5 ans ; il siège également comme président du Conseil des grains du Canada. Émilie Bergeron, vice-présidente de l'organisme, fut quant à elle fonctionnaire durant 15 années à Agriculture et Agroalimentaire Canada. Maham Yousufzai a quant à lui travailler pour la firme Bayer avant de devenir un important conseiller à Santé Canada tout comme Kristin Rickard est passé de Croplife à Santé Canada, comme quoi les vases communiquent facilement entre l'industrie agrochimique et Santé Canada, dont le mandat premier, je le rappelle, est de protéger les citoyens des abus perpétrés par les sociétés agrochimiques.

Bruce Lanphear, attaché à l'Université Simon Fraser comme spécialiste de la santé publique, commente ces connivences dans ces termes :  « Je sais que cette complaisance gouvernementale aura des conséquences sur la santé des Canadiens. Je suis subjugué par l'inaction du gouvernement face à ces conflits d'intérêts. »

Plus de 80 % des PGM sont des végétaux adaptés à des herbicides qui, comme par hasard, sont produits et mis en marché par les mêmes sociétés qui développent et mettent en marché les PGM. En adaptant des végétaux aux herbicides qu’elles produisent, ces sociétés maintiennent en place un système de production qui repose sur l’emploi de pesticides, ce qui est tout à leur avantage. 

Le pire est à venir

Moi qui ne croyais qu'on ne pouvait outrepasser ce niveau de complaisance entre l'agrochimie et nos institutions. Nous n'avons encore rien vu. De nouvelles molécules issues du génie génétique appelées ARN interférents (ARN-i) ont déjà été autorisées aux États-Unis dans des conditions scandaleuses dénoncées par le Center for Food Safety et plus d'une vingtaine d'organismes américains de défense de la nature. La substance insecticide nommée Ledprona est conçue pour éradiquer le doryphore de la pomme de terre. Elle agit en attaquant un gène qui, une fois inhibé, détraque le fonctionnement vital de l’insecte qui s’écroule de l’intérieur et agonise lentement. Il s’agit d’une technologie balbutiante, aux effets potentiellement dangereux que ni les sociétés qui veulent les commercialiser ni les institutions censées protéger notre santé et notre environnement ne semblent vouloir tester sérieusement avant de la répandre à grande échelle dans la nature. Et il semblerait que ce ne serait que le début de la dissémination de ces nouvelles molécules. Un nouveau cauchemar se profile à l'horizon!

Je n'arrive pas à comprendre que la démarche de certains individus, groupes, firmes ou associations dont le projet de vie consiste à empoisonner la terre, l'air et l'eau, ce qui contamine nos aliments, notre eau potable et l'air que nous respirons. Au final, ces gens nous empoisonnent sciemment avec l'appui des institutions publiques dont le mandant  est pourtant de nous garantir la santé. C'est à n'y rien comprendre. Et nos élites politiques sont complices de ces délits répugnants et inadmissibles.

Une alimentation saine repose sur la culture biologique

Selon l’Académie américaine des sciences, la principale source d’exposition aux pesticides est l’alimentation. Elle peut donc être en grande partie évitée en optant pour une alimentation biologique, comme le démontre une étude publiée dans Environmental Health Perspectives. Dans le cadre de cette recherche, des scientifiques ont mesuré les résidus de pesticides organophosphorés présents dans l’urine d’enfants américains âgés de trois à onze ans. Lorsque les enfants étaient nourris avec des aliments conventionnels, des résidus de pesticides étaient détectables dans 91 % des échantillons d’urine. Cinq jours après que ces enfants soient passés à une alimentation principalement biologique, les résidus de pesticides dans leur urine s’avéraient non détectables ou quasi non détectables. 

En 2020, Vigilance OGM, l’organisme qui milite au Québec contre les OGM et leurs pesticides associés a fait analyser l’urine de 40 citoyens, des personnalités publiques, des agriculteurs et de simples citoyens, pour vérifier s’ils étaient contaminés au glyphosate. Certains se nourrissaient conventionnellement, d’autres mangeaient bio, soit partiellement, soit majoritairement. Je faisais partie de ces derniers. Les tests révélèrent que 26 participants montraient une concentration supérieure à 0,05 microgramme par litre dont 24 dépassaient la limite admissible dans l’eau potable en Europe qui est fixée à 0,1 microgramme par litre . La valeur la plus élevée provenait d’un agriculteur qui épand des pesticides soit 3,423 microgrammes par litre. Pour ma part, l’herbicide n’était pas détectable dans mon urine, tout comme la plupart des volontaires qui ont affirmé manger majoritairement bio, ce qui démontre que ce choix alimentaire protège efficacement contre une contamination aux pesticides

Consommer des aliments de qualité biologique constitue le seul choix qui s'offre à nous pour atteindre et maintenir une santé optimale. Manger «bio» permet de consommer des aliments équilibrés chimiquement, bien pourvus en minéraux, vitamines, oligo-éléments et substances bioactives, non contaminés par des pesticides chimiques et exempts de gènes étrangers. Alors quoi de mieux pour avoir accès à des légumes biologiques frais et locaux à petits prix que d'établir un jardin. En plus des bénéfices sanitaires qu'il engendre, il permet de nous mettre en contact avec une nature féconde et généreuse et de véritablement s'arrimer au rythme des saisons, assise d'une vie connectée à la nature, socle incontournable de notre existence.

Références

https://www.ledevoir.com/actualites/sante/953262/de-cancers-travers-monde-pourraient-etre-evites-revele-etude

https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/2210248/lentilles-canadiennes-pesticides-glyphosate

https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1809547/pesticides-canada-residus-glyphosate-cereales-legumineuses

https://www.nationalobserver.com/2024/11/29/news/canada-pesticide-regulator-industry-lobby-groups

https://www.vigilanceogm.org

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