La planification du potager
Durant les longs mois d'hiver, c'est le moment parfait pour planifier le potager. Il faut ainsi organiser les successions au jardin de sorte que le sol maintienne son équilibre minéral et que les problèmes de ravageurs et de maladies soient rarissimes. L'organisation de ces successions de cultures repose sur des règles fort simples : ce sont la rotation des cultures et le compagnonnage. Voici en quoi elles consistent.
La rotation des cultures
La rotation des cultures est une technique qui consiste à faire se succéder sur une surface donnée des plantes aux caractéristiques et aux exigences différentes, et ce, sur le plus grand nombre d’années possible. En appliquant cette technique, on assure au sol un équilibre minéral à long terme, on prévient les problèmes de maladies et d’insectes et on rationalise l’emploi du compost et des engrais.
Engrais vert d'avoine suite à une culture de cucurbitacée
L’application de la technique
Selon la surface du terrain et les cultures planifiées, on peut opter pour un plan de rotation sur trois, quatre ou même cinq ans. Pour ce faire, on doit diviser l'espace de culture en trois, quatre ou cinq sections qui seront en rotation les unes avec les autres.
En régie biologique, on intègre souvent dans la rotation une section en culture intensive d’engrais verts, ce qui permet de reposer, d'assainir et d'enrichir la terre. Toutefois, si on ne dispose que d’un petit terrain, on peut n'établir les cultures d'engrais verts qu’une fois la récolte effectuée ou encore avant l'établissement des cultures. À titre d'exemple, on peut cultiver du pois fourrager en mai avant l'établissement de cucurbitacées au début de juin, tout comme on peut semer de l'avoine après les cultures de tomates.
Pour organiser la rotation au potager, on tient compte de deux principaux facteurs soit de l’exigence en compost des espèces cultivées et de leur famille.
L’exigence en compost des espèces cultivées
On cultive en tête de rotation les plantes voraces, soit celles qui apprécient du compost jeune, en abondance. Ce sont le maïs, les tomates, les aubergines, les artichauts, les courges et les concombres. La deuxième année suivent les végétaux exigeants en compost mûr. Ce sont principalement les légumes feuilles : les laitues, les chicorées, les épinards, les poireaux, les céleris et tous les choux. Puis les plantes frugales terminent le cycle de la rotation avec de légers apports de compost mûr, car la matière organique résiduelle peut très bien répondre aux faibles besoins des carottes, des navets, des oignons, des betteraves, des haricots et des pois.
Ainsi, pour une rotation sur quatre ans, des tomates pourraient être suivies par des choux, qui seraient suivis par des carottes, puis par une culture d’engrais verts la dernière année. On pourrait aussi clore la rotation par une culture de pois ou de haricots. De même, on pourrait organiser une succession de cucurbitacées, de poireau et de céleri-rave, de betterave et de navet puis d'engrais verts. Dans les deux cas, du compost jeune serait apporté la première année, du compost mûr la deuxième; très peu ou pas du tout la troisième ni la quatrième année.
Les doses de compost varieraient de 1 à 3 cm sur les planches selon l'exigence des cultures qu'on y établit, soit 3 cm pour les voraces et 1 cm ou pas du tout pour les frugales.
Exigence en compost des principales cultures

La famille des espèces cultivées
Afin de prévenir le parasitisme et les déséquilibres d’ordre minéral dans le sol, on doit faire se suivre des plantes de familles différentes.
Comme les plantes membres d’une même famille ont des besoins nutritifs similaires et comme elles sont la plupart du temps victimes des mêmes maladies et ravageurs, en variant les familles, le jardinier prévient efficacement les déséquilibres d'ordre minéral dans le sol ainsi que le parasitisme.
Familles et formes végétatives des principaux légumes

* En réalité une inflorescence mais considérée comme une feuille
Le plan de rotation
Afin de faciliter l’application de la technique de la rotation des cultures dans le temps, le jardinier doit dessiner chaque année son plan de jardin sur lequel il indiquera l’emplacement des différentes cultures ainsi que les applications de compost et d’engrais. Ainsi, il pourra, selon ses observations et ses nouveaux besoins, modifier son plan et intégrer de nouvelles espèces au jardin, sans déroger aux fondements de la technique.
Les règles de la rotation des cultures peuvent paraître cartésiennes et contraignantes. Mais une fois qu'elles sont bien intégrées, elles guident le jardinier dans sa planification tout en lui permettant de créer des jardins originaux, productifs et libres d’infestations sévères ou récurrentes.

Le compagnonnage au jardin
Lorsqu'on fait le choix d'opter pour la culture écologique, on doit considérer son jardin comme un microcosme vivant à l'intérieur duquel toutes les composantes sont en relations étroites et permanentes. La somme de ces interactions fait en sorte que le milieu se comporte comme un véritable corps vivant, disposant de ses propres mécanismes de défense, garants de son équilibre.
La clef de cet équilibre repose sur la diversité végétale du jardin qui assure sa biodiversité. Par diversité végétale, on entend les fruits et les légumes du potager, les fleurs, les plantes aromatiques et médicinales qu'on y intègre ainsi que les fleurs, les arbustes et les arbres installés sur son pourtour.
On comprendra que plus la biodiversité est importante, plus les populations d'auxiliaires sont élevées et meilleures sont les chances d'atteindre un équilibre écologique. Les contrôles s'effectuent alors naturellement sans l'intervention du jardinier.
La diversité végétale offre aussi l'avantage de perturber le système de repérage des insectes nuisibles en créant une confusion visuelle et olfactive. À cet égard, les plantes à odeur forte comme les herbes aromatiques sont très efficaces, surtout lorsqu'elles sont placées en association intime avec les légumes.

Le compagnonnage, une affaire de logique
Lorsqu'on a bien compris les fondements de la biodiversité, il faut organiser les cultures de façon à maximiser la productivité du jardin. On doit en premier lieu appliquer les règles de la rotation des cultures, qui l'emportent sur celles du compagnonnage.
Tout en élaborant son plan de jardin selon les règles de la rotation, on tentera d'appliquer ces principes d'association.
- Associer des plantes d'exigence similaire, ce qui facilite la fertilisation.
- Combiner des plantes de familles différentes, ce qui permet de créer de la confusion au potager en mélangeant teintes et odeurs. De plus, les légumes ainsi associés n'entrent pas en concurrence les uns avec les autres, car les plantes de familles différentes ont des besoins nutritifs différents.
- Marier des plantes de formes végétatives différentes, ce qui réduit également la compétition entre les légumes.
Pour compléter le tableau, il faut ensuite intégrer les plantes compagnes au jardin. On choisira des plantes aromatiques et médicinales ainsi que certaines fleurs qu'on intercalera entre les plants, au bout des rangs ou sur le pourtour du jardin. Un compagnonnage bien planifié augmente la densité végétale, ce qui crée une couverture végétale complète et optimise la productivité au jardin. Cependant, lorsqu'on force trop la promiscuité des végétaux, on crée une compétition néfaste aux rendements et on réduit la circulation d'air, nécessaire à l'assèchement des feuilles après la rosée du matin ou après la pluie. Une humidité prolongée ouvre la voie au développement des maladies fongiques, un problème qu'il vaut toujours mieux prévenir que guérir. Donc on doit toujours s'assurer d'une bonne circulation d'air dans l'ensemble du potager. Tout est une question de dosage.
Suggestions de végétaux à intégrer au potager et sur son pourtour
