L’aubergine

Tout est dans la semence

« Les semences que les jardiniers tiennent dans leurs mains au moment du semis sont des liens vivants formant une grande chaîne continue dont l’origine se perd dans l’Antiquité. »
Suzanne Ashworth, Seed to Seed.

Lorsqu’on dépose une graine en terre, au contact de l’humidité et de la chaleur, la radicule présente dans la semence sous forme embryonnaire gonfle, fend le tégument et se propulse vers les profondeurs de la terre. Simultanément, émerge du sol une pâle tigelle qui déploie deux cotylédons qui permettront à la jeune plante d’accomplir la photosynthèse, fonction par laquelle elle deviendra autosuffisante en sucres ce qui lui permettra de poursuivre, de manière autonome, son développement.

Malgré sa menue taille, la semence recèle toutes les informations qui définiront la forme de la future plante, sa résistance, sa vigueur et sa teneur minérale. En somme, une bonne partie du succès des cultures repose sur l’information inscrite dans le code génétique de la plante entièrement représenté dans la semence. C’est pourquoi on doit apporter une attention toute particulière au choix des semences qu’on mettra à germer.

Choisir une espèce, choisir un cultivar

Lorsqu’on achète une semence, on effectue plusieurs choix. On choisit d’abord une espèce : par exemple la carotte, Daucus carota. On sélectionne une espèce en fonction de ses goûts, du climat, de la saison, de l’espace et du temps dont on dispose.

La tomate Savignac, productive, résistante et succulente

En achetant une semence, on choisit également un cultivar. Celui-ci définit les caractères de l’espèce, soit sa forme, son temps de croissance, sa vigueur, sa résistance aux insectes et aux maladies, sa saveur et sa valeur nutritive. Ainsi, le cultivar Scarlett Nantes est une carotte nantaise longue de 15 centimètres, cylindrique, savoureuse et très sucrée, en somme une excellente carotte d’été et d’automne, très différente morphologiquement du cultivar Danvers, une carotte d’hiver, courte et trapue. Également, la tomate hâtive Sub Artic répond mieux aux besoins d’un Abitibien que la Zébrée noire ou la Savignac, deux cultivars tardifs, mieux adaptés aux régions du sud.

Par la sélection d’un cultivar, on choisit également de travailler avec un hybride ou un cultivar à pollinisation libre. L’hybride est issu d’un croisement: il ne pourra reproduire les caractères des parents. Ce choix nous force à retourner chez le fournisseur pour de nouvelles semences. Les cultivars à pollinisation libre permettent la réutilisation des semences produites, pour peu qu’on ait respecté les distances séparatrices entre les plants mères qui s’imposent. Tous les semenciers artisanaux travaillent avec ce type de cultivars. Ce choix offre l’avantage d’orienter une sélection qui permet d’améliorer les performances du cultivar sur divers plans, soit la précocité, l’adaptation au milieu, la résistance à des ravageurs ou à des maladies ainsi que la productivité.

Il va de soi que les jardiniers préoccupés par l’importance de la diversité génétique et de l’indépendance des semences, banniront les PGM — plantes modifiées génétiquement — qui sont issus d’un greffage de gènes exécuté en laboratoire, sans égard pour la comptabilité sexuelle des espèces. Ils servent principalement les intérêts des sociétés agrochimiques.

La maïs Painted Mountain, menacé par les maïs transgéniques qui envahissent nos champs

La qualité des semences

Un melon Oka prêt à être ouvert pour la récolte des semences

Également, lorsqu’on choisit un fournisseur de semences, qu’il soit producteur ou revendeur, on opte pour une qualité de semences singulière, intimement liée aux valeurs du commerçant. Cette qualité joue sur le taux de germination, l’adaptation au climat et aux conditions de culture. Pour moi, rien ne vaut des semences locales qui ont été produites en culture biologique. Les plantes issues de telles semences se trouveront en terrain connu et bénéficieront de fonctions immunitaires performantes puisque ses parents n’auront pas été protégés et défendus artificiellement par des pesticides.

Enfin, lors de l’achat de semences, on choisit de travailler avec des semences traitées aux fongicides ou non. En culture biologique, l’emploi de semences traitées est interdit. Un tel traitement, souvent caractérisé par des semences de couleur rose, doit être indiqué sur le sachet, ce qui permet de les éviter.

Le jardinier et la jardinière conscients de l’importance des semences qu’il ou qu’elle mettra en terre devrait optimalement choisir de traiter directement avec un semencier artisanal qui conduit ses cultures dans le respect du sol et de la biodiversité et qui améliore ses cultivars par une génétique évolutive et constructive.

Ce texte a également été publié sur le site expomangersante.com

Texte de Yves Gagnon

Auteur et semencier

L’oignon… Un bulbe vénérable

L’oignon
Un bulbe vénérable

Depuis que je me suis installé à Saint-Didace en 1980, je voue une vénération sans borne à l’oignon, une liliacée qui occupe une place prépondérante dans mon alimentation et m’aide à renforcer ma résistance aux infections, notamment le rhume et la grippe. Je le consomme cru et cuit à raison d’un oignon par jour en moyenne. J’en produis ainsi 400 bulbes par année dont 50 servent à la production de semences.

Un antibiotique naturel
L’oignon — Allium cepa — est reconnu pour ses importantes propriétés médicinales. Membre de la famille des liliacées, il fait figure comme l’ail d’antibiotique naturel grâce à ses composantes à base de soufre. Consommé cru et cuit sur une base régulière, il prévient l’apparition de la grippe et du rhume. En plus de ses vertus antiinfectieuses, l’oignon bénéficie de propriétés diurétiques, digestives et toniques. Il est bénéfique pour le foie et le pancréas. Il améliore la santé cardiovasculaire en éclaircissant le sang, en réduisant l’hypertension et en prévenant la formation de caillots. Il est bien pourvu en potassium, en calcium et il recèle du phosphore, du magnésium, du soufre, de la silice, du zinc, du sélénium, de l’iode, du fer, du fluor, du brome et du baryum. Il contient les vitamines A, B1, B2, B5, C et E. Comme il se conserve bien au frais et au sec, une dépense ou une armoire permet de conserver tous les oignons nécessaires pour l’hiver. L’oignon entre dans la préparation d’une majorité de recettes : potages, plats mijotés, sauces, salades, terrines, etc.

Mode de culture
Pour que l’oignon offre tous ses bénéfices, il doit être de qualité biologique. En effet, l’oignon industriel est cultivé en vastes monocultures conduites à grands renforts d’engrais chimiques, d’herbicides, d’insecticides et de fongicides. Pourtant la liliacée peut être produite sans le recours à tous ces poisons.
L’oignon préfère un sol léger, bien drainé, bonifié avec du compost mûr. Il produit généreusement lorsqu’il suit une culture gourmande, amendée copieusement.
Pour produire des oignons de belle qualité, mieux vaut transplanter des plants plutôt que de semer des oignonets qui donnent souvent des oignons au goût âcre. Pour produire des plants d’oignon, on sème à raison de 80 semences par caissette standard dans un terreau léger, fait de 40 % de compost végétal bien mûr, de 30 % de perlite et de 30 % de vermiculite. On peut remplacer ces deux derniers par un terreau biologique pour semis.
Les besoins en lumière des jeunes pousses sont élevés, car leurs feuilles étroites en pointes offrent peu de surface pour capter les photons lumineux. Seize heures du juste spectre lumineux sont donc nécessaires à une qualité optimale. En présence de lumière naturelle, des fluorescents Cool White placés à quelques centimètres du sommet des plants conviennent. Comme l’espèce est sensible à la fonte des semis, il faut éviter de trop arroser : on doit laisser sécher le terreau en surface entre les arrosages. Si le vert des plants n’est pas soutenu ou si leur croissance stagne, on peut fertiguer les plants avec une solution d’algues solubles et d’émulsion de poisson à raison de 10 ml chacun par litre d’eau d’arrosage. Durant leur séjour en caissettes, on rabattra les plants en les coupant avec des ciseaux de 18 à 15 cm autant de fois qu’il sera nécessaire. L’usage d’un ventilateur dirigé vers les plants contribue à renforcer les tiges. J’ai remarqué que les plantules se portaient mieux une fois transférés dans ma petite serre où les températures nocturnes de 10 °C confèrent du tonus aux tiges.

On transplante les oignons au jardin à la fin d’avril ou au début de mai sur des rangs distants de 25 cm à tous les 15 cm sur le rang. Il faut éviter un compagnonnage trop intime avec d’autres légumes, car l’oignon, sensible aux maladies fongiques, commande une bonne circulation d’air. Quelques binages aux deux semaines sont nécessaires pour contrôler la compétition. Dans les cas de sécheresse printanière, on peut irriguer par aspersion. Par la suite, l’oignon apprécie des conditions sèches qui contribuent à sa qualité phytosanitaire. On récolte l’oignon de 8 à 10 jours après que la tige se soit couchée, normalement à la fin d’août. On les étale ensuite dans un endroit sec et bien ventilé afin que les bulbes complètent leur mûrissement. On taille les queues légèrement au dessus du collet. On conserve les bulbes dans des sacs en nylon tressé qu’on entrepose dans un endroit frais et sec. À l’occasion, durant l’hiver, on vide les poches de façon à repérer les sujets ramollis ou germés de façon à les consommer en premier. Excellente occasion pour préparer une fortifiante soupe à l’oignon.
Tout est dans la génétique
Bien que la régie soit importante pour la culture de l’oignon, c’est la génétique des cultivars choisis qui détermine leur qualité gustative ainsi que leur comportement au jardin. En cuisine, on aime avoir à sa disposition un cultivar pour la cuisson et un autre pour consommer cru, en salade ou en sandwich.

L’oignon Red Man à quelques jours de la récolte.

Lors de mon arrivée à Saint-Didace, j’ai produit des tonnes d’oignon à partir d’oignonets. Déçu par leur qualité, j’ai décidé de miser sur la production de plants. Nous avons expérimenté les oignons de table jaune Early Yellow Globe, New York Early, Prince, Copra et Cortland, les oignons rouges Red Man, Mars et Rouge de Florence ainsi que les oignons doux Ailsa Craig et Sweet Spanish Utah. Après de nombreuses années d’expérimentation, c’est sur l’oignon Red Man que nous avons jeté notre dévolu. Cet oignon rouge de belle venue est très polyvalent, car il se consomme cuit et cru et, par surcroît, il se conserve jusqu’en avril. Depuis près de 20 ans, nous en produisons la semence ce qui nous a permis d’améliorer, par sélection, la qualité et le comportement du cultivar, maintenant bien adapté à nos conditions. En éliminant systématiquement de notre réserve personnelle les oignons malades, mollasses ou germés, nous avons pu multiplier le cultivar avec des bulbes mères sains et développer une lignée de garde qui résiste mieux aux maladies.

L’oignon étant une espèce bisannuelle, on doit mettre en terre tôt au printemps des bulbes de l’année précédente. Chaque printemps, nous plantons à 10 cm de profondeur 50 bulbes sélectionnés à tous les 35 cm. Ceux-ci produisent en été de magnifiques ombelles composées de centaines de fleurs blanches. Une fois fécondées, celles-ci développent des capsules que nous récoltons une fois brunies et légèrement ouvertes. La présence d’abeilles domestiques est essentielle à la fécondation des fleurs d’oignon.
Les inflorescences sont mises à sécher durant un mois sur des plateaux. Nous détachons ensuite les capsules des tiges que nous frottons de façon à libérer les graines. Toute cette matière — semences et débris de fleurs — est transférée dans un seau d’eau; les bonnes graines calent au fond alors que les semencs vides, les enveloppes et les tiges flottent; celles-ci sont retirées à l’aide d’un tamis, puis les bonnes graines sont récupérées et mises à sécher. Les semences d’oignon se conservent deux ans.
Composer avec les maladies et les ravageurs
Conformément aux principes du compagnonnage, nous avons d’abord cultivé nos oignons associés à des carottes. Cette association avait le mérite de réduire la présence de la mouche de la carotte. Cependant, une année de forte pluie s’est manifesté le champignon Peronospora destructor, responsable du mildiou de l’oignon. Cette maladie fongique est d’abord caractérisée par l’apparition d’un duvet violacé sur le feuillage; puis, des taches vert pâle apparaissent sur le feuillage qui jaunit, brunit et dépérit rapidement. On peut prévenir l’apparition de cette infection en cultivant les oignons sans compagnon de façon à favoriser la circulation d’air et en vaporisant une solution de lait à 10 % toutes les semaines à partir du 15 juillet.
La brûlure de la feuille est une autre infection fongique causée cette fois par le champignon Botrytis squamosas. La maladie est caractérisée par de petites taches foliaires rondes et pâles qui brunissent puis dessèchent. Le dépérissement commence à la pointe de la feuille et se propage vers le bas. L’emploi de cultivars résistants, une bonne circulation d’air ainsi que des vaporisations de prêle ou de bicarbonate de soude permettent de diminuer la sévérité de l’infestation.
La mouche de l’oignon — Delia antiqua — ne pose normalement pas de problème lorsque l’oignon est transplanté tôt. Cependant, la teigne du poireau — Acrolepiopsis assectella —, un papillon nouvellement arrivé d’Europe cause parfois des ravages importants aux oignons, malgré qu’on l’observe davantage sur l’ail et les poireaux. Le papillon pond ses oeufs en juin sur le haut des feuilles. Les petites chenilles qui en sont issues se nourrissent des feuilles sur lesquelles apparaissent des traces blanchâtres. On les écrase à la main ou on les contrôle avec une vaporisation de BTK, un insecticide bactérien, avant que les larves ne pénètrent à l’intérieur de la feuille creuse où elles continueraient leurs ravages, bien à l’abri.

Le mildiou de l’oignon

La brûlure de la feuille

La larve de la teigne du poireau

La larve de la mouche de l’oignon

 

La culture d’oignons m’a toujours procuré un sentiment de fierté. En plein hiver, lorsque je me prépare une réconfortante soupe à l’oignon, je prends conscience du privilège extraordinaire que confère l’autonomie alimentaire.

Recette

Soupe à l’oignon (8 portions)
tiré du livre Le festin quotidien

Ingrédients
12 oignons moyens
2 poireaux
2 branches de céleri
2 gousses d’ail
30 ml (2 c. à table) d’huile végétale
30 ml (2 c. à table) de farine
3 litres (12 t) d’eau, de fond ou de bouillon
3 feuilles de laurier
5 ml (1 c. à thé) de thym
sel, poivre au goût
8 à 10 croûtons
fromage râpé (gruyère, emmenthal, cheddar fort) pour gratiner

Préparation
Émincer les oignons, les poireaux, le céleri et l’ail qu’on fait blondir avec l’huile végétale dans un chaudron. Saupoudrer de 30 ml (2 c. à table) de farine, remuer puis ajouter le liquide, le laurier, le thym et faire mijoter 75 minutes. Ajuster la consistance en ajoutant de l’eau ou du bouillon. Retirer les feuilles de laurier, saler et poivrer au goût. Verser la soupe dans des bols individuels, aptes à un séjour au four. Couvrir d’un croûton et de fromage râpé à raison de 30 à 60 ml (2 à 4 c. à table). Cuire au four à 200 °C (400 °F) jusqu’à ce que le fromage soit doré. Servir fumant.

Variantes
On peut déglacer les légumes blondis avec 250 ml (1 tasse) de vin blanc avant d’ajouter le bouillon. L’ajout de 500 ml (2 tasses) de tomates confère un côté italien à la soupe; quelques cubes de pistou de basilic sont alors de mise. Il est aussi possible de crémer la soupe en lui ajoutant 250 ml (1 tasse) de crème. Enfin, si on a employé de l’eau ou un bouillon clair, on peut dans chaque bol ajouter 5 ml (1 c. à thé) de miso qu’on aura pris soin de délayer avec 15 ml (1 c. à table) de bouillon ou d’eau.

Texte de Yves Gagnon

Auteur et semencier

Ce texte a initialement été publié sur covivia.com

Tableau des densités au jardin

Tableau des densités au jardin

 

Profondeur

Semer à une profondeur correspondant à trois fois le diamètre de la semence.

De 5 mm pour les petites semences à 3 cm pour les plus grosses.

Créé par Yves Gagnon et Diane Mackay.

Un calendrier des semis est aussi disponible sur notre Blogue ! Bon jardinage!

De la laitue… en continu

Je suis accro à la laitue. Il n’y a rien pour moi comme mordre dans le cœur fondant d’une Boston, faire craquer sous la dent les feuilles charnues d’une romaine ou garnir un sandwich avec les feuilles rouges et frisées d’une laitue en feuille.

Au fil des siècles, l’espèce Lactuca sativa a évolué à partir de son ancêtre indigène Lactuca serriola présente depuis des temps immémoriaux en Asie, dans le bassin méditerranéen ainsi qu’en Éthiope.

C’est la laitue en feuilles, Lactuca sativa var. crispa qui fut cultivée la première, notamment par les Assyriens, les Égyptiens puis les Grecs. La laitue romaine, Lactuca sativa var. longifolia, fut découverte sur l’île grecque de Cos par les Romains qui la rapportèrent dans la capitale de l’empire où elle fut cultivée, sélectionnée et améliorée pour donner la forme qu’on connaît aujourd’hui. La laitue pommée, Lactuca sativa var. capitata, de type beurre — baptisée Boston plus tard en Amérique — fit son apparition en Europe au XVIe siècle. On sait que Louis XIV en était friand et qu’il en exigeait la culture dans les jardins de Versailles. C’est en Amérique que fut développée la laitue pommée glaciale nommée Iceberg, toujours la plus populaire sur le continent. Je fonds particulièrement pour la laitue en feuille rouge Merlot, les pommées Divina et Merveille des Quatre-Saisons ainsi que pour la romaine Oreille du Diable.

Oreille du Diable

Laitue romaine Oreille du Diable produite aux Jardins du Grand-Portage.

Bien qu’on puisse multiplier la laitue par semis direct, je préfère de loin le semis intérieur. Ainsi, je préviens la perte de jeunes plantules aux mandibules de voraces vers gris ou de perce-oreilles. La technique permet aussi d’établir les plants à une densité optimale tout en permettant la création de scènes vibrantes aux couleurs et aux textures chatoyantes.

Une régie serrée

Pour le semis intérieur, on sème un nombre de graines légèrement supérieur au nombre de laitues désirées. Par exemple, on pourrait semer 8 semences de laitue en feuille, de Boston rouge, de Boston verte et de romaine ce qui devrait donner une vingtaine de laitues à transplanter 6 semaines plus tard.

On sème en ligne dans une caissette remplie de terreau de germination composé de 20 % de compost bien mûr et de 80 % d’un terreau biologique pour semis¹ sans oublier d’inscrire le nom des cultivars sur un bâtonnet de bois. La semence doit être recouverte de quelques millimètres de terreau. La germination est plutôt rapide. Il importe, dès la levée, de placer les jeunes plantules sous l’éclairage de fluorescents, 16 heures par jour².

Au stade des premières vraies feuilles, on doit repiquer les laitues aux 3 cm dans un terreau de croissance.

Après 15 jours, les premières vraies feuilles — celles qui suivent les cotylédons — se déploient. C’est le moment de transplanter les plantules dans un terreau de croissance composé de 50 % de compost et de 50 % du même substrat biologique pour semis. On repique les plants à 3 cm les uns des autres ce qui permet de regrouper une vingtaine de plants dans une caissette. La croissance des jeunes laitues s’y poursuivra durant un autre 25 jours. L’éclairage d’appoint doit être maintenu avec un arrosage fait aux 2 ou 3 jours, selon les conditions.

On doit veiller à ne pas enterrer le collet des laitues lors de leur transplantation.

Après une période d’acclimatation aux conditions extérieures, on transplante les laitues au jardin aux 30 cm dans un sol enrichi en compost mûr. Les laitues en feuilles seront prêtes pour la récolte 40 jours plus tard, les pommées et les romaines à 50 jours. Ces dernières se récoltent à terme alors que les laitues en feuilles supportent une récolte graduelle.

Il n’est pas nécessaire d’être équipé d’une serre pour produire des plants de laitue. Les semis de mars et d’avril peuvent se faire dans la maison. À partir du début mai, toutes les opérations peuvent être conduites à l’extérieur, la laitue étant tolérante au gel.

Ceux qui préfèrent le semis direct peuvent semer une fois par mois à partir du début de mai, à raison d’une graine aux 2 cm sur le rang. On doit éclaircir par la suite aux 25 cm.

Permaculture
Afin de profiter de laitues à savourer de juin à novembre, j’effectue un semis intérieur le 15 mars pour une première transplantation au début de mai. Je poursuis avec un semis au milieu de chaque mois jusqu’au 15 juillet, ce dernier semis m’assurant une ultime transplantation de laitues au jardin au début de septembre.

Protection des laitues

En automne, lorsqu’on prévoit des nuits sous le point de congélation, je protège les laitues du gel avec toiles et arceaux jusqu’à tard en novembre. À – 10 °C, je superpose jusqu’à trois toiles. C’est à ce moment de l’année que les laitues deviennent les plus sucrées et les plus croustillantes. Elles procurent alors au jardinier que je suis un plaisir incomparable.

Les mordus de verdure peuvent toujours durant l’hiver produire de jeunes laitues sous fluorescents. On leur associera chicorée, roquette et moutarde pour une plus grande diversité de verdures. Elles permettront de préparer de chatoyants mescluns hivernaux qui confèrent à ceux qui s’en délectent, une insoutenable légèreté.

1- Sur le marché, on trouve du Terreau biologique pour semis, du Pro-Mix bio et de l’Agro-Mix bio. On peut aussi employer un mélange à parts égales de perlite et de vermiculite.
2- En présence de lumière naturelle, on peut n’employer que des fluorescents de type Cool White. En milieu obscur, il faudra opter pour des fluorescents à large spectre. Pour une efficacité optimale, les fluorescents doivent être placés à quelques centimètres du sommet des plants.

Texte d’ Yves Gagnon

Auteur et semencier

Ce texte a initialement été publié sur covivia.com

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Le purin d’ortie

Recette du purin d’ortie

Lorsque les plants d’ortie atteignent 30 cm, on prépare le premier purin de la saison.
Voici la marche à suivre.

Vêtu de vêtements de coton épais et bien ganté, on taille à l’aide d’une cisaille des tiges d’ortie en quantité suffisante pour remplir à demi un seau de plastique.

Puis on compresse légèrement les tiges dans le contenant qu’on remplit d’eau non chlorée. On brasse chaque jour à l’aide d’un bâton. La fermentation débute après quelques jours pour se conclure 10 jours plus tard. Le brouet sera alors bien odorant. C’est le moment de filtrer.

Pour une pulvérisation, on doit employer un tissu très fin question de ne pas boucher la buse du vaporisateur. Filtré, le purin se conserve quelques mois au frais et à l’obscurité.
Pour fertiliser les tomates, les aubergines, les cucurbitacées et autres plantes voraces, on suggère d’arroser au pied des plants avec une solution diluée à 20 %, après une bonne pluie.
Pour prévenir la ponte de la mouche de la carotte, on suggère d’arroser la culture tous les 3 à 4 jours avec du purin dilué à 5 %.
On peut aussi préparer un purin avec des racines d’ortie. Des chercheurs ont découvert qu’un tel purin réduisait la croissance de champignons pathogènes de 85 %, ce qui en fait un outil préventif pour les maladies cryptogamiques comme le mildiou ou l’oïdium.

Aux Jardins du Grand-Portage, chaque année, nous combinons l’ortie et la consoude pour préparer trois purins que nous appliquons en fertigation au pied des plantes voraces aux 3 semaines à partir de la mi-juin. Ce traitement complète bien les apports printaniers de compost et nous permet d’obtenir des rendements exceptionnels, à très peu de frais.

En référence, je vous suggère l’excellent livre de Bernard Bertrand Les secrets de l’Ortie publié aux Éditions de Terran.

Diane Mackay offre cet été 3 ateliers sur les plantes médicinales aux Jardins du Grand-Portage.

Pour information, voir sur le site de l’entreprise, l’onglet Nos formations.

Diane Mackay, herboriste et semencière.

Publié sur Covivia.com en 2015

Urticante, mais bienfaisante ortie

On trouve dans la région maritime du golfe Saint-Laurent plusieurs espèces indigènes d’ortie et occasionnellement des espèces introduites d’Europe dont Urtica dioica. Chez les maraîchers et jardiniers biologiques, l’ortie dioïque occupe une place de choix. En effet, le purin d’ortie est d’une aide incommensurable au potager, car il s’utilise comme fertilisant et contribue à réduire la présence de certains parasites.

Les herboristes suggèrent l’ortie, en infusion ou en teinture, pour améliorer la réponse aux allergènes et soulager les allergies, le rhume des foins et l’asthme. Je ne souffre pas beaucoup d’allergie saisonnière, mais parfois au mois d’août, il me prend une quinte d’éternuements. Je me prépare alors un litre de tisane d’ortie et dès la première tasse, je me sens soulagée et les éternuements s’atténuent puis disparaissent.

Très riche en minéraux et oligoéléments assimilables, dont le magnésium et le fer, on recommande l’ortie pendant la grossesse et l’allaitement et pour traiter les problèmes d’anémie et de fatigue chronique. Légèrement diurétique, l’ortie augmente le flot urinaire dans les cas d’oedème, d’inflammation de la prostate et d’infection urinaire.

Il y a quelques années, quelle ne fut pas ma surprise d’apercevoir un de nos voisins d’origine belge dans notre plate-bande d’ortie dioïque plié en deux se fouettant les bras pour soulager ses douleurs arthritiques! En effet, parce qu’elle facilite l’élimination des toxines et reminéralise, l’ortie soulage les articulations douloureuses.

Son nom latin Urtica signifie brûler et quiconque a déjà pris à mains nues une feuille ou un plant d’ortie comprend l’origine de son nom. L’ortie est munie de poils fins, glanduleux et cassants qui libèrent de l’acide formique, très irritant au simple contact de la peau, ce qui engendre une sensation de brûlure qui rougeoie et réchauffe la peau. Les soldats de Jules César se frottaient le corps avec cette plante herbacée pour se réchauffer lors de leurs campagnes nordiques!

Cette vivace envahissante atteint entre 30 et 60 cm de hauteur. Elle se cultive au soleil ou à mi-ombre dans un sol humide et riche en azote. On peut la semer au printemps ou en fin d’été. On la propage facilement par division à partir d’un plant mère. On transplante aux 30 cm. Les feuilles longues, pétiolées ressemblent à des feuilles de menthe ou de mélisse, mais sont garnies de poils urticants. Ses tiges carrées, érigées et solides se terminent par des grappes de fleurs verdâtres. Parfois au printemps, des chenilles noirâtres envahissent la talle d’ortie et peuvent la décimer en quelques jours. Un traitement au BTK permet de les neutraliser.

Pour profiter au mieux des principes actifs de l’ortie, on cueille les feuilles avant la floraison pour les sécher ou en faire un extrait dans l’alcool ou le vinaigre. Elle contribue à accroître le niveau d’énergie et comme le dit Marie Provost : «Si l’on boit un litre d’infusion d’ortie dans la journée, à la fin d’une grosse journée de travail, le soir, on a encore l’énergie pour faire ses confitures.» Elle ajoute que c’est LA plante qu’elle apporterait sur une île déserte.

Au printemps, les très jeunes feuilles se mangent crues en salade, mais dès qu’elles sont plus avancées, on les utilise cuites dans de nombreuses recettes où elle peut remplacer les épinards.

Diane Mackay offre cet été 3 ateliers sur les plantes médicinales aux Jardins du Grand-Portage.

Pour information, voir sur le site de l’entreprise, l’onglet Nos formations.

Diane Mackay, herboriste et semencière.

Publié sur Covivia.com en 2015