De la laitue…En continu

Je suis accro à la laitue. Il n’y a rien pour moi comme mordre dans le cœur fondant d’une Boston, faire craquer sous la dent les feuilles charnues d’une romaine ou garnir un sandwich avec les feuilles rouges et frisées d’une laitue en feuille.

Au fil des siècles, l’espèce Lactuca sativa a évolué à partir de son ancêtre indigène Lactuca serriola présente depuis des temps immémoriaux en Asie, dans le bassin méditerranéen ainsi qu’en Éthiope.

C’est la laitue en feuilles, Lactuca sativa var. crispa qui fut cultivée la première, notamment par les Assyriens, les Égyptiens puis les Grecs. La laitue romaine, Lactuca sativa var. longifolia, fut découverte sur l’île grecque de Cos par les Romains qui la rapportèrent dans la capitale de l’empire où elle fut cultivée, sélectionnée et améliorée pour donner la forme qu’on connaît aujourd’hui. La laitue pommée, Lactuca sativa var. capitata, de type beurre — baptisée Boston plus tard en Amérique — fit son apparition en Europe au XVIe siècle. On sait que Louis XIV en était friand et qu’il en exigeait la culture dans les jardins de Versailles. C’est en Amérique que fut développée la laitue pommée glaciale nommée Iceberg, toujours la plus populaire sur le continent. Je fonds particulièrement pour la laitue en feuille rouge Merlot, les pommées Divina et Merveille des Quatre-Saisons ainsi que pour la romaine Oreille du Diable.

Oreille du Diable

Laitue romaine Oreille du Diable produite aux Jardins du Grand-Portage.

Bien qu’on puisse multiplier la laitue par semis direct, je préfère de loin le semis intérieur. Ainsi, je préviens la perte de jeunes plantules aux mandibules de voraces vers gris ou de perce-oreilles. La technique permet aussi d’établir les plants à une densité optimale tout en permettant la création de scènes vibrantes aux couleurs et aux textures chatoyantes.

Une régie serrée

Pour le semis intérieur, on sème un nombre de graines légèrement supérieur au nombre de laitues désirées. Par exemple, on pourrait semer 8 semences de laitue en feuille, de Boston rouge, de Boston verte et de romaine ce qui devrait donner une vingtaine de laitues à transplanter 6 semaines plus tard.

On sème en ligne dans une caissette remplie de terreau de germination composé de 20 % de compost bien mûr et de 80 % d’un terreau biologique pour semis¹ sans oublier d’inscrire le nom des cultivars sur un bâtonnet de bois. La semence doit être recouverte de quelques millimètres de terreau. La germination est plutôt rapide. Il importe, dès la levée, de placer les jeunes plantules sous l’éclairage de fluorescents, 16 heures par jour².

Au stade des premières vraies feuilles, on doit repiquer les laitues aux 3 cm dans un terreau de croissance.

Après 15 jours, les premières vraies feuilles — celles qui suivent les cotylédons — se déploient. C’est le moment de transplanter les plantules dans un terreau de croissance composé de 50 % de compost et de 50 % du même substrat biologique pour semis. On repique les plants à 3 cm les uns des autres ce qui permet de regrouper une vingtaine de plants dans une caissette. La croissance des jeunes laitues s’y poursuivra durant un autre 25 jours. L’éclairage d’appoint doit être maintenu avec un arrosage fait aux 2 ou 3 jours, selon les conditions.

On doit veiller à ne pas enterrer le collet des laitues lors de leur transplantation.

Après une période d’acclimatation aux conditions extérieures, on transplante les laitues au jardin aux 30 cm dans un sol enrichi en compost mûr. Les laitues en feuilles seront prêtes pour la récolte 40 jours plus tard, les pommées et les romaines à 50 jours. Ces dernières se récoltent à terme alors que les laitues en feuilles supportent une récolte graduelle.

Il n’est pas nécessaire d’être équipé d’une serre pour produire des plants de laitue. Les semis de mars et d’avril peuvent se faire dans la maison. À partir du début mai, toutes les opérations peuvent être conduites à l’extérieur, la laitue étant tolérante au gel.

Ceux qui préfèrent le semis direct peuvent semer une fois par mois à partir du début de mai, à raison d’une graine aux 2 cm sur le rang. On doit éclaircir par la suite aux 25 cm.

Permaculture
Afin de profiter de laitues à savourer de juin à novembre, j’effectue un semis intérieur le 15 mars pour une première transplantation au début de mai. Je poursuis avec un semis au milieu de chaque mois jusqu’au 15 juillet, ce dernier semis m’assurant une ultime transplantation de laitues au jardin au début de septembre.

Protection des laitues

En automne, lorsqu’on prévoit des nuits sous le point de congélation, je protège les laitues du gel avec toiles et arceaux jusqu’à tard en novembre. À – 10 °C, je superpose jusqu’à trois toiles. C’est à ce moment de l’année que les laitues deviennent les plus sucrées et les plus croustillantes. Elles procurent alors au jardinier que je suis un plaisir incomparable.

Les mordus de verdure peuvent toujours durant l’hiver produire de jeunes laitues sous fluorescents. On leur associera chicorée, roquette et moutarde pour une plus grande diversité de verdures. Elles permettront de préparer de chatoyants mescluns hivernaux qui confèrent à ceux qui s’en délectent, une insoutenable légèreté.

1- Sur le marché, on trouve du Terreau biologique pour semis, du Pro-Mix bio et de l’Agro-Mix bio. On peut aussi employer un mélange à parts égales de perlite et de vermiculite.
2- En présence de lumière naturelle, on peut n’employer que des fluorescents de type Cool White. En milieu obscur, il faudra opter pour des fluorescents à large spectre. Pour une efficacité optimale, les fluorescents doivent être placés à quelques centimètres du sommet des plants.

Texte d’ Yves Gagnon

Auteur et semencier

Ce texte a initialement été publié sur covivia.com

Commander des semences de laitues (200 semences pour 3 $ )

0 réponses

Répondre

Se joindre à la discussion ?
Vous êtes libre de contribuer !

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *