Tout est dans la semence

« Les semences que les jardiniers tiennent dans leurs mains au moment du semis sont des liens vivants formant une grande chaîne continue dont l’origine se perd dans l’Antiquité. »
Suzanne Ashworth, Seed to Seed.

Lorsqu’on dépose une graine en terre, au contact de l’humidité et de la chaleur, la radicule présente dans la semence sous forme embryonnaire gonfle, fend le tégument et se propulse vers les profondeurs de la terre. Simultanément, émerge du sol une pâle tigelle qui déploie deux cotylédons qui permettront à la jeune plante d’accomplir la photosynthèse, fonction par laquelle elle deviendra autosuffisante en sucres ce qui lui permettra de poursuivre, de manière autonome, son développement.

Malgré sa menue taille, la semence recèle toutes les informations qui définiront la forme de la future plante, sa résistance, sa vigueur et sa teneur minérale. En somme, une bonne partie du succès des cultures repose sur l’information inscrite dans le code génétique de la plante entièrement représenté dans la semence. C’est pourquoi on doit apporter une attention toute particulière au choix des semences qu’on mettra à germer.

Choisir une espèce, choisir un cultivar

Lorsqu’on achète une semence, on effectue plusieurs choix. On choisit d’abord une espèce : par exemple la carotte, Daucus carota. On sélectionne une espèce en fonction de ses goûts, du climat, de la saison, de l’espace et du temps dont on dispose.

La tomate Savignac, productive, résistante et succulente

En achetant une semence, on choisit également un cultivar. Celui-ci définit les caractères de l’espèce, soit sa forme, son temps de croissance, sa vigueur, sa résistance aux insectes et aux maladies, sa saveur et sa valeur nutritive. Ainsi, le cultivar Scarlett Nantes est une carotte nantaise longue de 15 centimètres, cylindrique, savoureuse et très sucrée, en somme une excellente carotte d’été et d’automne, très différente morphologiquement du cultivar Danvers, une carotte d’hiver, courte et trapue. Également, la tomate hâtive Sub Artic répond mieux aux besoins d’un Abitibien que la Zébrée noire ou la Savignac, deux cultivars tardifs, mieux adaptés aux régions du sud.

Par la sélection d’un cultivar, on choisit également de travailler avec un hybride ou un cultivar à pollinisation libre. L’hybride est issu d’un croisement: il ne pourra reproduire les caractères des parents. Ce choix nous force à retourner chez le fournisseur pour de nouvelles semences. Les cultivars à pollinisation libre permettent la réutilisation des semences produites, pour peu qu’on ait respecté les distances séparatrices entre les plants mères qui s’imposent. Tous les semenciers artisanaux travaillent avec ce type de cultivars. Ce choix offre l’avantage d’orienter une sélection qui permet d’améliorer les performances du cultivar sur divers plans, soit la précocité, l’adaptation au milieu, la résistance à des ravageurs ou à des maladies ainsi que la productivité.

Il va de soi que les jardiniers préoccupés par l’importance de la diversité génétique et de l’indépendance des semences, banniront les PGM — plantes modifiées génétiquement — qui sont issus d’un greffage de gènes exécuté en laboratoire, sans égard pour la comptabilité sexuelle des espèces. Ils servent principalement les intérêts des sociétés agrochimiques.

La maïs Painted Mountain, menacé par les maïs transgéniques qui envahissent nos champs

La qualité des semences

Un melon Oka prêt à être ouvert pour la récolte des semences

Également, lorsqu’on choisit un fournisseur de semences, qu’il soit producteur ou revendeur, on opte pour une qualité de semences singulière, intimement liée aux valeurs du commerçant. Cette qualité joue sur le taux de germination, l’adaptation au climat et aux conditions de culture. Pour moi, rien ne vaut des semences locales qui ont été produites en culture biologique. Les plantes issues de telles semences se trouveront en terrain connu et bénéficieront de fonctions immunitaires performantes puisque ses parents n’auront pas été protégés et défendus artificiellement par des pesticides.

Enfin, lors de l’achat de semences, on choisit de travailler avec des semences traitées aux fongicides ou non. En culture biologique, l’emploi de semences traitées est interdit. Un tel traitement, souvent caractérisé par des semences de couleur rose, doit être indiqué sur le sachet, ce qui permet de les éviter.

Le jardinier et la jardinière conscients de l’importance des semences qu’il ou qu’elle mettra en terre devrait optimalement choisir de traiter directement avec un semencier artisanal qui conduit ses cultures dans le respect du sol et de la biodiversité et qui améliore ses cultivars par une génétique évolutive et constructive.

Ce texte a également été publié sur le site expomangersante.com

Texte de Yves Gagnon

Auteur et semencier

1 réponse
  1. Hélène Dallaire
    Hélène Dallaire dit :

    WOW!
    Vraiment, ce que vous êtes et ce que vous faites, c’est super beau, enrichissant et inspirant!
    Merci! HD

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