De la laitue…En continu

Je suis accro à la laitue. Il n’y a rien pour moi comme mordre dans le cœur fondant d’une Boston, faire craquer sous la dent les feuilles charnues d’une romaine ou garnir un sandwich avec les feuilles rouges et frisées d’une laitue en feuille.

Au fil des siècles, l’espèce Lactuca sativa a évolué à partir de son ancêtre indigène Lactuca serriola présente depuis des temps immémoriaux en Asie, dans le bassin méditerranéen ainsi qu’en Éthiope.

C’est la laitue en feuilles, Lactuca sativa var. crispa qui fut cultivée la première, notamment par les Assyriens, les Égyptiens puis les Grecs. La laitue romaine, Lactuca sativa var. longifolia, fut découverte sur l’île grecque de Cos par les Romains qui la rapportèrent dans la capitale de l’empire où elle fut cultivée, sélectionnée et améliorée pour donner la forme qu’on connaît aujourd’hui. La laitue pommée, Lactuca sativa var. capitata, de type beurre — baptisée Boston plus tard en Amérique — fit son apparition en Europe au XVIe siècle. On sait que Louis XIV en était friand et qu’il en exigeait la culture dans les jardins de Versailles. C’est en Amérique que fut développée la laitue pommée glaciale nommée Iceberg, toujours la plus populaire sur le continent. Je fonds particulièrement pour la laitue en feuille rouge Merlot, les pommées Divina et Merveille des Quatre-Saisons ainsi que pour la romaine Oreille du Diable.

Oreille du Diable

Laitue romaine Oreille du Diable produite aux Jardins du Grand-Portage.

Bien qu’on puisse multiplier la laitue par semis direct, je préfère de loin le semis intérieur. Ainsi, je préviens la perte de jeunes plantules aux mandibules de voraces vers gris ou de perce-oreilles. La technique permet aussi d’établir les plants à une densité optimale tout en permettant la création de scènes vibrantes aux couleurs et aux textures chatoyantes.

Une régie serrée

Pour le semis intérieur, on sème un nombre de graines légèrement supérieur au nombre de laitues désirées. Par exemple, on pourrait semer 8 semences de laitue en feuille, de Boston rouge, de Boston verte et de romaine ce qui devrait donner une vingtaine de laitues à transplanter 6 semaines plus tard.

On sème en ligne dans une caissette remplie de terreau de germination composé de 20 % de compost bien mûr et de 80 % d’un terreau biologique pour semis¹ sans oublier d’inscrire le nom des cultivars sur un bâtonnet de bois. La semence doit être recouverte de quelques millimètres de terreau. La germination est plutôt rapide. Il importe, dès la levée, de placer les jeunes plantules sous l’éclairage de fluorescents, 16 heures par jour².

Au stade des premières vraies feuilles, on doit repiquer les laitues aux 3 cm dans un terreau de croissance.

Après 15 jours, les premières vraies feuilles — celles qui suivent les cotylédons — se déploient. C’est le moment de transplanter les plantules dans un terreau de croissance composé de 50 % de compost et de 50 % du même substrat biologique pour semis. On repique les plants à 3 cm les uns des autres ce qui permet de regrouper une vingtaine de plants dans une caissette. La croissance des jeunes laitues s’y poursuivra durant un autre 25 jours. L’éclairage d’appoint doit être maintenu avec un arrosage fait aux 2 ou 3 jours, selon les conditions.

On doit veiller à ne pas enterrer le collet des laitues lors de leur transplantation.

Après une période d’acclimatation aux conditions extérieures, on transplante les laitues au jardin aux 30 cm dans un sol enrichi en compost mûr. Les laitues en feuilles seront prêtes pour la récolte 40 jours plus tard, les pommées et les romaines à 50 jours. Ces dernières se récoltent à terme alors que les laitues en feuilles supportent une récolte graduelle.

Il n’est pas nécessaire d’être équipé d’une serre pour produire des plants de laitue. Les semis de mars et d’avril peuvent se faire dans la maison. À partir du début mai, toutes les opérations peuvent être conduites à l’extérieur, la laitue étant tolérante au gel.

Ceux qui préfèrent le semis direct peuvent semer une fois par mois à partir du début de mai, à raison d’une graine aux 2 cm sur le rang. On doit éclaircir par la suite aux 25 cm.

Permaculture
Afin de profiter de laitues à savourer de juin à novembre, j’effectue un semis intérieur le 15 mars pour une première transplantation au début de mai. Je poursuis avec un semis au milieu de chaque mois jusqu’au 15 juillet, ce dernier semis m’assurant une ultime transplantation de laitues au jardin au début de septembre.

Protection des laitues

En automne, lorsqu’on prévoit des nuits sous le point de congélation, je protège les laitues du gel avec toiles et arceaux jusqu’à tard en novembre. À – 10 °C, je superpose jusqu’à trois toiles. C’est à ce moment de l’année que les laitues deviennent les plus sucrées et les plus croustillantes. Elles procurent alors au jardinier que je suis un plaisir incomparable.

Les mordus de verdure peuvent toujours durant l’hiver produire de jeunes laitues sous fluorescents. On leur associera chicorée, roquette et moutarde pour une plus grande diversité de verdures. Elles permettront de préparer de chatoyants mescluns hivernaux qui confèrent à ceux qui s’en délectent, une insoutenable légèreté.

1- Sur le marché, on trouve du Terreau biologique pour semis, du Pro-Mix bio et de l’Agro-Mix bio. On peut aussi employer un mélange à parts égales de perlite et de vermiculite.
2- En présence de lumière naturelle, on peut n’employer que des fluorescents de type Cool White. En milieu obscur, il faudra opter pour des fluorescents à large spectre. Pour une efficacité optimale, les fluorescents doivent être placés à quelques centimètres du sommet des plants.

Texte d’ Yves Gagnon

Auteur et semencier

Ce texte a initialement été publié sur covivia.com

Commander des semences de laitues (200 semences pour 3 $ )

Le purin d’ortie

Recette du purin d’ortie

Lorsque les plants d’ortie atteignent 30 cm, on prépare le premier purin de la saison.
Voici la marche à suivre.

Vêtu de vêtements de coton épais et bien ganté, on taille à l’aide d’une cisaille des tiges d’ortie en quantité suffisante pour remplir à demi un seau de plastique.

Puis on compresse légèrement les tiges dans le contenant qu’on remplit d’eau non chlorée. On brasse chaque jour à l’aide d’un bâton. La fermentation débute après quelques jours pour se conclure 10 jours plus tard. Le brouet sera alors bien odorant. C’est le moment de filtrer.

Pour une pulvérisation, on doit employer un tissu très fin question de ne pas boucher la buse du vaporisateur. Filtré, le purin se conserve quelques mois au frais et à l’obscurité.
Pour fertiliser les tomates, les aubergines, les cucurbitacées et autres plantes voraces, on suggère d’arroser au pied des plants avec une solution diluée à 20 %, après une bonne pluie.
Pour prévenir la ponte de la mouche de la carotte, on suggère d’arroser la culture tous les 3 à 4 jours avec du purin dilué à 5 %.
On peut aussi préparer un purin avec des racines d’ortie. Des chercheurs ont découvert qu’un tel purin réduisait la croissance de champignons pathogènes de 85 %, ce qui en fait un outil préventif pour les maladies cryptogamiques comme le mildiou ou l’oïdium.

Aux Jardins du Grand-Portage, chaque année, nous combinons l’ortie et la consoude pour préparer trois purins que nous appliquons en fertigation au pied des plantes voraces aux 3 semaines à partir de la mi-juin. Ce traitement complète bien les apports printaniers de compost et nous permet d’obtenir des rendements exceptionnels, à très peu de frais.

En référence, je vous suggère l’excellent livre de Bernard Bertrand Les secrets de l’Ortie publié aux Éditions de Terran.

Diane Mackay offre cet été 3 ateliers sur les plantes médicinales aux Jardins du Grand-Portage.

Pour information, voir sur le site de l’entreprise, l’onglet Nos formations.

Diane Mackay, herboriste et semencière.

Publié sur Covivia.com en 2015

Le persil…Beaucoup plus qu’une décoration

Originaire d’Europe de l’Est et du Moyen-Orient, le persil, Petroselinum crispum, est cultivé depuis fort longtemps comme plante médicinale. Ce n’est cependant qu’au Moyen Âge qu’il fut employé comme plante aromatique grâce à Charlemagne qui en ordonna la culture sur ses domaines. Les Romains l’apportèrent en Angleterre puis les Anglais le dispersèrent à travers le monde lors de leurs voyages et conquêtes. En Turquie, en Algérie et au Liban, on le trouve encore à l’état sauvage.

Au premier siècle apr. J.-C., Pline l’Ancien le considérait comme une importante plante médicinale. Son contemporain en Grèce, Dioscoride le mentionnait dans ses écrits. Les anciens Grecs ornaient les tombes avec du persil; ils l’utilisaient aussi dans les rites funéraires ainsi que pour couronner les vainqueurs des jeux.

On trouve comme persil feuille, le persil frisé, plus ornemental et le persil à feuilles plates qu’on nomme aussi persil italien: plusieurs considèrent ce dernier plus savoureux. Le persil racine Petroselinum crispum var. tuberosum porte aussi le nom de persil tubéreux ou persil de Hambourg même si ce sont les Hollandais qui, à force de sélection, ont obtenu cette racine charnue s’apparentant au panais.

Mode de culture

On cultive le persil de préférence en plein soleil, mais une ombre partielle lui convient. On l’établit dans une terre riche, humide, mais bien drainée. Exigeant en éléments nutritifs, on doit donc le fertiliser avec un apport généreux de compost et pratiquer la rotation. Il nécessite un arrosage régulier, ce qui en fait une plante compagne idéale pour les tomates également gourmandes en eau.

Il faut démarrer le persil tôt en mars par semis intérieur ou acheter des plants en mai. Les semences de persil germent lentement. Les cotylédons apparaitront de 2 à 6 semaines après le semis. Lorsque les plantules ont développé 4 feuilles, on les repique dans un terreau de croissance. Après une période d’acclimatation, on transplante les plants en mai au jardin à 75 cm les uns des autres. En compagnonnage, on les intercale entre les tomates ou on les établit à la base de rosiers dont il améliorerait la santé ainsi que le parfum de leurs fleurs. Pour le persil tubéreux spécifiquement cultivé pour ses racines, il est préférable de procéder par semis direct puis d’éclaircir tôt en saison aux 10 cm. Pour une production abondante de feuilles et de racines, il importe de pallier au manque de pluie par un arrosage régulier.

Bisannuelle, cette apiacée survit souvent à l’hiver et redonne quelques feuilles au printemps avant de déployer ses hampes florales qui développeront les semences.

Récolte et conservation

Rustique, le persil résiste au gel. On peut le récolter en zone 4 souvent jusqu’en décembre
Dans les régions tempérées, le persil se récolte toute l’année, même sous la neige.

Les tiges du persil frisé peuvent atteindre plus de 30 cm alors que celles du persil à feuilles plates, au-delà de 45 cm. On prélève les feuilles tout au long de la saison, mais c’est après quelques nuits froides que le persil devient plus sucré. J’en profite alors pour le transformer en herbe salée que j’utilise pour assaisonner sauces, plats mijotés et potages. On peut aussi congeler les feuilles sans les blanchir, mais je préfère les congeler broyées dans un peu d’eau ou d’huile dans des moules à glaçons ou en petits contenants. Si on désire en conserver pour préparer des infusions, il faut les sécher au déshydrateur.

En automne ou très tôt au printemps, on récolte les racines qui, lorsque séchées au déshydrateur à une température maximale de 40 °C, concentrent les sucres. Elles se consomment telles quelles comme une friandise ou en décoction. Fraîches, elles se conservent quelques semaines au réfrigérateur, dans un sac de plastique. Délicieuses râpées en salade, on peut aussi les cuire pour les utiliser comme légume d’accompagnement ou les ajouter dans des ragoûts ou des bouillons.
Grâce à un automne particulièrement chaud en 2016, j’ai pu récolter du persil jusqu’au début de décembre. Lorsqu’on annonçait des températures sous la barre des — 5 °C, je plaçais au-dessus des plants une bâche à compost ainsi qu’un polythène soutenus par des arceaux. Avant les fortes gelées, j’en ai fait une abondante récolte. Les feuilles fraîches, lavées et essorées se conservent plusieurs semaines au réfrigérateur, dans un sac de plastique perforé. J’en ai transformé une partie en herbes salées et une autre en pistou. Enfin, j’ai arraché quelques plants afin d’en récolter les racines que j’ai séchées au déshydrateur. J’ai laissé les autres au jardin pour une récolte printanière de feuilles.

Recette d’herbes salées

Je lave et essore les feuilles de persil. Je garde les tiges pour des soupes ou des jus verts. J’associe dans le robot une tasse (250 ml) de feuilles lavées et essorées et 1/4 de tasse (60 ml) de sel de mer. J’actionne le robot et lorsque le tout est broyé et mélangé, je conserve le persil salé dans un petit pot de verre au réfrigérateur.

À table

Qu’il soit plat ou frisé, le persil comporte des vertus similaires. Il augmente la valeur nutritive des préparations auxquelles il est ajouté. Ainsi, on peut l’employer en salade, en sandwich, en garniture dans l’assiette ainsi que dans les jus verts. L’analyse du persil révèle une teneur importante en fer, en potassium et en vitamine C. Il contient aussi du calcium, du magnésium, du phosphore, du manganèse, du cuivre, de l’iode, de l’acide folique, les vitamines A, B1, B2, B3 et plus de vitamine C qu’une orange. Les anémiques, les léthargiques et les femmes enceintes bénéficieraient d’une consommation quotidienne de persil en infusion, en salade ou en smoothy. Je l’ajoute à mes plats sous sa forme fraîche, en herbes salées et en pistou. Pour combler une baisse d’énergie, je consomme du taboulé, cette délicieuse salade d’origine méditerranéenne et profite ainsi de l’effet stimulant du persil. J’aimais bien en ajouter quelques feuilles dans les purées pour bébé pour son apport en fer et vitamines. Apéritif, stomachique et carminatif, il ouvre l’appétit et améliore la digestion. De plus, il combat la mauvaise haleine.

À la pharmacie

Comme plante médicinale, c’est lors d’une mastite que j’ai connu et apprécié l’effet galactophobe du persil. Ma sage-femme m’avait recommandé d’appliquer des feuilles froissées de persil en cataplasme sur le canal lactifère obstrué. Rapidement, l’engorgement s’est résorbé.

Vulnéraire, ce même cataplasme soulage les piqûres d’insectes et les ampoules et aide à la cicatrisation des plaies. Dans La pharmacie des moines, on trouve une autre recette de cataplasme cicatrisant : « le jus de persil, mêlé avec de la fleur de farine et un blanc d’oeuf donne un cataplasme qui, souvent renouvelé, cicatrise les blessures et les ulcères. »

Un de ses noms communs anglais, parsley breakstone fait référence à ses propriétés lithotitriques qu’on retrouve surtout dans sa racine, mais aussi dans ses feuilles.

Puissant diurétique, mais heureusement riche en potassium, le feuillage du persil soulage les affections des reins, de même que l’arthrite, les rhumatismes et la goutte. Pour les affections plus graves du système urinaire, comme la rétention d’eau, les calculs rénaux, l’inflammation ou les problèmes d’énurésie ou d’incontinence, on utilisera une décoction concentrée de racine. Riches en huiles essentielles, les graines sont également diurétiques, mais irritantes pour les reins. Les auteurs de l’Antiquité les conseillaient comme plante abortive, mais comme elles peuvent être toxiques à forte dose, cette pratique fut abandonnée.

Chez la femme enceinte, il est préférable d’éviter les dosages thérapeutiques, car ses propriétés emménagogues pourraient provoquer les menstruations en début de grossesse. Comme il est galactophobe, on évite de telles doses également durant l’allaitement, mais il ne faut surtout pas se priver de ses qualités nutritionnelles et en manger régulièrement. Lors du sevrage de l’enfant, on peut combiner le persil à la sauge ou à l’achillée pour arrêter la production de lait.

Dans certains restaurants, c’est parfois le petit bouquet de persil mis en décoration qui est la partie la plus nutritive du repas!

Texte et recette de Diane Mackay
Auteure et herboriste

Ce texte a initialement été publié sur covivia.com

Gagnon, Caroline, Lanctôt-Bédard Valérie. Materia medica pour sorcières et sorciers avertis… 2002-2003
De Meung, Odon. La Pharmacie des Moines (Macer Floridus écrit en latin au XIe siècle, traduit par L. Baudet) éditions Paleo, septembre 2011, p.29
Provost, Marie, Cahier de cours VIII, Les diurétiques, L’école buissonnière de la Clef des Champs, 1995
O’Reilly, Moïra. Interactions, contre-indications et complémentarités, plantes-médicaments. L’Herbothèque inc. 2004.
L’encyclopédie visuelle des aliments, Les éditions Québec/Amérique inc. 1996.
The Rodale Herb book, How to use, grow and buy nature’s miracle plants, edited by William H. Hylton, Rodale Press inc. 1974

L’art du semis direct

Au jardin, de nombreuses espèces sont multipliées par semis intérieur. C’est le cas des espèces tropicales qui, lorsque semées directement au jardin, ne disposent pas d’assez de temps pour mûrir leurs fruits et donner une récolte digne de ce nom; c’est le cas des tomates, des piments, des poivrons et des aubergines. Certaines espèces septentrionales, à cause de leur long temps de croissance, commandent également le semis intérieur. À témoin, le céleri-rave, l’artichaut, le persil, le romarin, la sauge et le thym.
D’autres plantes peuvent être multipliées à la fois par semis intérieur ou par semis direct. Le semis intérieur hâtera la récolte, mais le semis direct permettra tout de même une récolte abondante. Citons les choux pommés, le brocoli, le chou-fleur, la laitue et la chicorée.
Enfin, un bon nombre d’espèces se propagent exclusivement par semis direct, soit parce qu’elles ne tolèrent pas la transplantation ou encore parce qu’un semis en caissettes s’avérerait fastidieux. C’est le cas des cucurbitacées, du maïs, des pois, des haricots, des carottes, des panais et des betteraves.
Parmi les espèces qu’on multiplie par semis direct, certaines sont rustiques, donc résistantes au gel. On peut donc les semer dès que la terre se travaille, soit à partir du début de mai pour la plupart. C’est le cas de quelques verdures dont la roquette, la moutarde, la mâche, la bette à carde, les chicorées, les épinards et les laitues ainsi qu’un éventail de racines dont le navet, le rutabaga, le radis, la betterave, la carotte, le panais et le salsifis. On sème aussi les pois au même moment.
Enfin, parmi les espèces qu’on multiplie par semis direct, restent celles qu’on ne doit établir qu’une fois les risques de gel passés. C’est le cas des cucurbitacées ainsi que des haricots qui ont besoin de chaleur pour germer et qui succomberaient à une exposition au gel.

préparationsol
Pour réussir le semis direct, on doit tout d’abord bien préparer le lit de semences. J’aime semer sur des buttes de 75 à 90 cm de largeur, séparées les unes des autres par des sentiers, ce qui permet de maintenir la structure du sol durant l’ensemble de la saison. Puis à l’aide d’une griffe, je creuse le sillon destiné à recevoir les semences. Comme on doit recouvrir les semences de trois fois leur épaisseur de terre, la profondeur du sillon varie selon le diamètre de la semence.

creuser sillon
Une fois le sillon creusé, j’y dépose les semences selon la densité recommandée.

semis
Puis je recouvre la semence de terre en me servant de la griffe.

recouvrirsemences
Je termine l’opération par un léger plombage que j’effectue à l’aide d’une bêche à renchausser ce qui rétablit la capillarité du sol et favorise une germination optimale, même en conditions sèches.

plombage

Voilà. Le semis direct n’étant plus un secret pour vous, vous pouvez dès maintenant, vous consacrer jardinier. C’est là un merveilleux moyen de réduire son stress, de chasser la morosité et de savourer des fragments de bonheur.

Les ateliers pratiques aux Jardins du Grand-Portage
Saison 2016
Comme chaque année, Yves Gagnon et Diane Mackay proposent une série d’ateliers pratiques dans leurs jardins de Saint-Didace.

Le 28 mai
Plantes médicinales pour la pharmacie familiale
Rôle et culture
avec Diane Mackay

Le 18 juin
Le jardinage écologique sur le terrain. Pour voir et comprendre l’organisation spatiale du jardin écologique.
avec Yves Gagnon

Le 16 juillet
Plantes médicinales pour la pharmacie familiale
Récolte et transformation
avec Diane Mackay

Le 6 et le 20 août
Autour du pain
La préparation du pain au levain, visite du jardin, philosophie alimentaire, agapes et poésie.
avec Yves Gagnon

Le 17 septembre
Techniques de récolte et de conservation des légumes et des herbes : chambre froide, congélation, séchage, lactofermentation, pistou, marinades, confitures…
avec Yves Gagnon

Le 1er octobre
Plantes médicinales racines pour la pharmacie familiale
Récolte et transformation
avec Diane Mackay

 
Modalités d’inscription
Les ateliers se donnent de 10 heures à 16 heures le samedi à Saint-Didace. Le coût par atelier est 50 $, taxes incluses. Le nombre de participants est limité à 20 par atelier.
Pour réserver votre place, vous devez nous faire parvenir un dépôt de 20 $ par atelier accompagné de vos coordonnées complètes incluant votre numéro de téléphone. Libellez votre chèque au nom de Les Jardins du Grand-Portage.
Nous confirmerons par téléphone une semaine avant l’atelier.

Pour informations ou inscription :
Les Jardins du Grand-Portage
Yves Gagnon, Diane Mackay
800, chemin du Portage
Saint-Didace, Québec
 JOK 2GO
Téléphone et télécopieur : 450 835-5813
Courriel : 
info@jardinsdugrandportage.com

La camomille allemande, une petite fleur aux mille vertus

La camomille allemande

Difficile de déterminer l’origine exacte de la camomille qu’on dit allemande — Matricaria recutita — puisque l’astéracée s’est naturalisée à peu près partout où elle est cultivée soit en Amérique du Nord, en Amérique du Sud, dans les zones tempérées d’Asie, en Europe et en Afrique du Nord. On sait qu’elle était déjà largement employée dans l’Antiquité. Les Égyptiens la vénéraient et la consacraient au Dieu Soleil. En Arabie, on en faisait une huile à massage. Le médecin pharmacologue et botaniste grec Dioscoride, auteur de De Materia medica, l’utilisait comme plante emménagogue.

Parfois appelée camomille sauvage, petite camomille ou matricaire camomille, c’est cependant la désignation camomille allemande qui est la plus employée en Amérique, sans doute parce que les Allemands en transportaient toujours lors de leur migration sur le continent, conscients qu’ils étaient de ses innombrables vertus.

De multiples propriétés

Les fleurs de camomille allemande bénéficient de propriétés antispasmodiques, anti-inflammatoires, antiseptiques, vulnéraires, carminatives, stomachiques, toniques, digestives, antibactériennes, antivirales, antiulcéreuses, diurétiques, antihistaminiques, antifongiques, analgésiques, diaphorétiques, fébrifuges, emménagogues, oestrogéniques, antioxydantes apaisantes et légèrement sédatives.

En infusion chaude, la camomille favorise le sommeil, calme la toux et soigne les grippes, les rhumes, les bronchites, l’asthme et les rhinites allergiques. Il suffit de mettre une dizaine de fleurs à infuser 10 minutes dans 2 tasses d’eau bouillante et surtout ne pas oublier de couvrir pour que ne s’échappent les huiles essentielles. En bain de vapeur, ces huiles sont bénéfiques pour les muqueuses du nez et des bronches. Pour les enfants, on donnera une infusion plus faible faite de 3 fleurs infusées 5 minutes dans une 1 tasse d’eau et ce 3 fois par jour. L’infusion est également bénéfique pour les coliques du nouveau-né : on lui fera prendre 5 ml (1 c. à thé) d’infusion toutes les 15 minutes alors que la maman pourra se rendre jusqu’à 4 tasses par jour. Antifongique, on peut aussi en badigeonner la langue des nourrissons atteinte de muguet sans oublier les seins de la mère. En jardinage, on traite d’ailleurs la fonte des semis avec une décoction de fleurs de camomille.

L’infusion de camomille apaise les gens stressés, anxieux, nerveux et ceux souffrent de troubles du sommeil. Pour les problèmes digestifs, on suggère de boire une infusion tiède plus concentrée (10 ml ou 2 c. à thé de fleurs par tasse) et plus longuement infusée, ce qui augmente l’amertume et l’effet anti-inflammatoire. La boisson agit alors sur les muqueuses du système digestif, mais également sur toutes les muqueuses de l’organisme. Elle restaure les sécrétions digestives, normalise les mouvements du système digestif et soigne les ulcères d’estomac. On la recommande aussi dans les cas d’irritation de l’intestin, de spasmes gastro-intestinaux, de colites ulcéreuses, de reflux gastriques, de diarrhée et du syndrome du côlon irritable. Très riche en calcium qu’elle aide à assimiler, la plante infusée prévient l’ostéoporose.

Consommée quotidiennement, à raison de 3 tasses par jour pendant plusieurs semaines, l’infusion de camomille soulagera les menstruations douloureuses, l’irritabilité qui y est associée tout comme les troubles digestifs liés au syndrome prémenstruel.

Appliquée en rince, l’infusion de camomille lustre et blondit les cheveux tout en améliorant la santé du cuir chevelu. Je l’emploie pour nettoyer et soigner les yeux enflammés et larmoyants de ma vieille chatte. En application locale, elle atténue l’inflammation des muqueuses. Dans le cas d’hémorroïdes, une infusion concentrée en cataplasme est tout indiquée tout comme des bains de siège ou des bains de vapeur. On complète le traitement en appliquant une crème aux herbes à base de consoude et de camomille.

Des fleurs fraîches de camomille macérées dans une huile douce durant 15 jours donnent une magnifique huile à massage qu’on applique pour la détente, pour atténuer les douleurs articulaires, rhumatismales et arthritiques ainsi que pour soigner les problèmes de peau. L’huile est aussi employée pour traiter les vaginites.

Une culture simple

La camomille se cultive en plein soleil dans un sol léger, sablonneux, pauvre en matières organiques et bien drainé. Appréciant les températures fraîches, on la sème tôt en automne ou tôt au printemps; on peut aussi la multiplier par semis intérieur en avril. Les semences sont minuscules, il faut à peine les enfouir. Elles germeront en une semaine. La camomille se ressème facilement. Une fois établie, elle revient chaque printemps. On transplante les jeunes plants à 25 cm de distance. Ils atteindront de 20 à 50 cm de hauteur.
La camomille est une plante herbacée, annuelle, à tige dressée. Ses délicates feuilles alternes sont divisées en segments linéaires. Membre de la famille des astéracées, elle présente de nombreuses fleurs jaunes tubuleuses au centre de chacun de ses capitules et en bordure, quelques fleurs gainées d’une ligule blanche qu’on nomme pétale.
récolte camomille

Photo: Danièle Laberge

 
On récolte les fleurs lorsqu’elles sont épanouies et que leurs ligules commencent à s’incliner vers le bas. Il importe de les cueillir après deux jours de beau temps, en après-midi. Pour les infusions hivernales, il faut très bien les sécher. Elles comptent 80 % d’eau ainsi que de nombreuses huiles essentielles volatiles. Mieux vaut utiliser un déshydrateur à 35 °C et s’assurer que les fleurs soient sèches jusqu’au centre de l’inflorescence. On peut aussi les sécher sur des clayettes à l’air libre à l’abri de la lumière et de courants d’air. Les conditions ambiantes doivent toutefois être favorables. On reconnait des fleurs de qualité lorsqu’elles dégagent une odeur de miel.
Anny Schneider propose dans son livre Je me soigne avec les plantes sauvages une recette pour préparer une huile ensoleillée à partir de fleurs de camomille séchées.

Huile ensoleillée

 

une fleur de camomille T

250 ml (1 tasse) Huile d’olive vierge biologique
30 g (1 oz) Fleurs de camomille séchées
30 gouttes Huile essentielle de lavande

Placer les fleurs et l’huile dans un bocal hermétique.

Laisser macérer pendant un mois tout en agitant régulièrement.

Filtrer soigneusement, ajouter la lavande.

Cette huile calmante se garde 6 mois.

À utiliser en cas d’irritations mineures de la peau, de douleurs névralgiques et musculaires, de peau sèche et même pour atténuer les rides.

 

Mille mercis à Danièle Laberge pour ses magnifiques photos.

Schneider, Anny. Je me soigne avec les plantes sauvages, Éditions de l’homme, 2011
Bernard, Diane. La santé au rythme des saisons. Biovi, 2005.
Gagnon, Caroline, Lanctôt-Bédard Valérie. Materia medica pour sorcières et sorciers avertis… 2002-2003
Provost, Marie, Jutras, Marie. Compendium. Clef des Champs.
O’Reilly, Moïra. Interaction, contre-indications et complémentarités, plantes-médicaments. L’Herbothèque, 2004.

Par Diane Mackay,
Biologiste, jardinière et herboriste Les Jardins du Grand-Portage

Calendrier des semis

Le calendrier des semis

Il importe de semer au bon moment. De jeunes plants qui stagnent en caissettes perdent une grande partie de leur vigueur et de leur précocité.
En respectant le prochain calendrier, les plants seront prêts à être transplantés au bon moment, sans qu’ils ne subissent d’interruption de croissance.

Semis intérieur

CALENDRIER SEMIS INTÉRIEUR

Semis extérieur

CALENDRIER SEMIS EXTÉRIEUR

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* Ce calendrier a été conçu pour la Zone 4, donc pour l’Estrie, Lanaudière, la Mauricie, le Centre du Québec et les Basses Laurentides.

Pour Montréal et sa banlieue, on peut devancer les interventions de 2 semaines.

Dans les Hautes Laurentides, dans Charlevoix, au Lac Saint-Jean, en Abitibi, en Gaspésie et sur la Côte-Nord, on les retardera de 2 semaines.blogue titre

Créé par Yves Gagnon

http://www.semencesduportage.com

Du melon de Montréal au melon Oka

Une aventure patrimoiniale

Voilà maintenant 25 ans que je me suis fait semencier et que je constate un intérêt intarissable pour le melon de Montréal, une culture fruitière d’importance au début du siècle dernier sur le flanc sud du Mont-Royal, aujourd’hui l’arrondissement Côte-des-Neiges — Notre-Dame-de-Grâce. Le protubérant melon brodé à chair verte et musquée se vendait alors en tranches jusqu’à 1,50 pièce dans les villes de New York et de Boston.
On sait que déjà, à Québec en 1684, les Jésuites produisaient un gros melon au goût de muscade, sans doute l’ancêtre du melon de Montréal. La littérature nous informe aussi que dans les années 1800, les familles Décarie et Groman cultivaient cette souche qu’ils sélectionnaient et amélioraient sur leurs fermes montréalaises. Sa production nécessitait des techniques de forçage reposant sur des couches chaudes à châssis doubles.
Vers 1905, on rapporte que la famille Décarie produisait des fruits pouvant atteindre 12 kg et qui se détaillaient jusqu’à 15 $ la douzaine sur le marché américain, une fortune pour l’époque. À partir de 1920, avec l’étalement urbain, les fermes qui le produisaient furent vendues à des promoteurs immobiliers et petit à petit, la culture du melon mythique fut réduite puis complètement abandonnée.
Heureusement, en 1996, le journaliste de la Gazette Mark Abley, curieux de patrimoine, en retrouva des graines dans une banque de semences du Département de l’agriculture américain en Iowa. C’est Ken Taylor, propriétaire d’une ferme sur L’Île-Perrot qui reçut le mandat de les semer. Une seule graine sur les 200 récupérées a germé, mais le plant qui en fut issu permit de sauver le melon de Montréal de l’extinction. On en trouve certaines années des semences chez des semenciers artisanaux.
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Création du melon Oka

Comme le melon de Montréal était imposant, qu’il résistait mal au transport, que sa culture était complexe, qu’il était friand de chaleur et de temps, on pouvait difficilement le réussir ailleurs que sur l’île de Montréal. C’est un peu pour cette raison que le père Athanase, moine cistercien et directeur de l’Institut agricole d’Oka, le croisa vers 1910 avec le melon américain Banana. Il en résulta un melon brodé à chair orange très parfumée, bien en chair, mais moins corpulent que le melon de Montréal et surtout, moins dépendant des degrés jours pour mûrir ses fruits.
Par une sélection laborieuse des descendants de cet hybride, on réussit à en stabiliser la génétique et en faire un cultivar à pollinisation libre qui pouvait transmettre ses caractères à ses descendants. C’est ainsi que le melon Oka est né. Toutefois, à la fermeture de l’Institut en 1962, le cultivar fut presque perdu. Heureusement, on en retrouva des semences chez un jardinier de L’Île-Bizard ce qui permit de le sauver in extremis. Il fut depuis ce temps établi avec succès dans plusieurs régions du Québec. Je le cultive depuis 25 ans à Saint-Didace en zone 4 b et réussis à en produire des semences.

Techniques de culture

Je sème au début de mai 2 graines par pot de plastique de 8 cm de diamètre dans un terreau constitué de 4 parties de compost mûr pour 6 parties de perlite ou de vermiculite. Lorsque les deux semences germent, au stade des 3 feuilles, je taille au ciseau le moins beau des deux plants. Après un mois de soins attentionnés, je transplante les plants au début de juin aux 1,5 m dans un sol léger, généreusement amendé en compost et bien exposé au soleil.
Le secret consiste à ne pas déranger les racines au moment de la transplantation. Il faut conserver la motte intacte lors de l’opération. Il s’agit de bien humecter le terreau, de compresser la motte à l’aide de ses doigts et de bien la soutenir au moment de la déposer dans la fosse de plantation. Il importe aussi de choisir un emplacement orienté vers le sud et abrité du vent. L’emploi d’un agrotextile le premier mois de croissance protège les jeunes plants des températures nocturnes fraîches ainsi que de la chrysomèle rayée du concombre, le principal ravageur des cucurbitacées. Bien que de nombreux jardiniers pratiquent une taille des plants durant l’été, pour ma part je ne fais que tailler l’extrémité des tiges en août de façon à éliminer les fruits inaptes à mûrir.
Règle générale, on récolte de 4 à 6 fruits de 2 à 3 kg par plant au mois d’août. Sa chair désaltère, ravit et embaume. Parfumée et sucrée, elle se congèle très bien ce qui permet de préparer en hiver d’onctueux sorbets et de séduisants granités.
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Semences de melon Oka produit par Yves Gagnon à Saint-Didace
www.semencesduportage.com

Les semis intérieurs

Pour maximiser la qualité, la résistance et le rendement des cultures, on doit les établir à partir de plants biologiques. Comme de tels plants sont rares et coûteux, il est avantageux de les produire soi-même. En plus d’assurer une meilleure qualité de plants, la démarche permet de choisir ses cultivars. Lire la suite

Pour réussir ses cultures, un choix judicieux des semences s’impose

Pour réussir ses cultures, le sol et la régie revêtent une grande importance, mais il ne faut pas sous-estimer le facteur génétique. Malgré sa petite taille, la semence contient toutes les informations qui définiront la forme de la future plante, sa vigueur, sa sensibilité au parasitisme, sa teneur minérale et sa vitalité.

Il faut donc prêter une attention particulière au choix des cultivars ainsi qu’à la qualité des semences. Mais, dans un premier, le jardinier doit déterminer les espèces qui prendront racine dans le jardin. Lire la suite